Comment repérer un trouble du sommeil de l’enfant et retrouver des nuits paisibles ?

“Bébé fait-il ses nuits ?” Voici la question tant redoutée par de nombreux parents. Surtout quand les réveils nocturnes s’installent sur des mois, voire des années.

Pour vous proposer des solutions bienveillantes et sans pleurs, Emmanuel a créé le blog Sommeil bébé. Afin que tous les parents bienveillants mais épuisés puissent enfin retrouver des nuits paisibles.

 

 

Ma fille s’est réveillée 2 à 4 fois par nuit pendant ses 18 premiers mois. Si vous galérez aussi avec votre bébé la nuit, cet article pourrait vous intéresser.

Ma femme et moi étions épuisés. Et en plus de notre propre fatigue et de notre sentiment d’échec dans notre mission de parent, nous nous inquiétions pour notre bébé : a-t-elle un problème ?

Ses réveils multiples sont-ils révélateurs de soucis plus profonds, qui pourraient avoir un impact sur sa santé future ?

Perdus dans nos questionnements, nous manquions de points de repère. En gros, nous ne savions pas où placer la limite entre :

  • un enfant en bonne santé, mais dont le sommeil n’a pas encore évolué vers des nuits complètes
  • un enfant qui souffre et qui a besoin de consulter un spécialiste

Pourquoi étions-nous perdus ?

Si votre enfant se réveille toutes les nuits depuis des mois voire des années, vous connaissez probablement cet état de fatigue intense et intolérable : vous vous sentez comme un zombie avec deux de tension, et en même temps vous êtes constamment sur les nerfs. N’importe quelle frustration vous énerve, vous vous emportez pour un oui ou pour un non. Bref, vous ressentez tout événement comme une agression.

En plus de cet état d’énervement qui affecte votre travail, vos relations familiales et votre couple, vous vous sentez blessé dans votre intégrité de parent : mais pourquoi est-ce que mon bébé dort si mal ? Qu’ai je raté ? Suis-je un mauvais parent ?

Bref, vous vous sentez mal et cela affecte votre jugement. Si vous étiez en pleine forme, vous sauriez prendre du recul et analyser la situation, mais avec cet épuisement et ce sentiment d’échec, il est bien difficile de faire la part des choses.

C’est le but de cet article : vous fournir des éléments concrets pour comprendre si votre enfant a un trouble du sommeil, ou s’il s’agit juste d’un décalage entre son rythme de sommeil et le vôtre.

Le sommeil normal d’un bébé, à quoi ça ressemble ?

Avant d’avoir un enfant, j’étais persuadé que tous les bébés faisaient leurs nuits à 2 mois. Et quand ma fille est née, j’ai attendu la fin de ces 2 mois avec impatience. Bien entendu, j’ai attendu longtemps…

L’exemple qui énerve

Nous avons tous dans notre entourage des parents qui friment avec leur bébé : “Nous n’avons jamais eu de problème de sommeil avec Lucas. Il a fait des nuits de 12 heures dès son retour de la maternité”.

Ça fait rêver. Surtout quand on se réveille toutes les 2 heures pendant des mois, voire des années, on voudrait vraiment échanger notre bébé contre le petit Lucas.

Ça fait tellement rêver qu’on pourrait être tenté de considérer cet enfant comme la norme. Pas du tout ! C’est un cas tout à fait exceptionnel !

Bref, en cumulant ce mythe des 2 mois et ces exemples exceptionnels, la plupart des parents ont des croyances totalement faussées sur le sommeil des bébés

 

Statistiques contre-intuitives

Savez-vous combien d’enfants de 7 mois sont capables de dormir 10 à 12 heures d’affilée ? Seulement 10 à 15% d’après une étude d’Estivill et Béjar en 1995.

Même à 9 mois, seulement 33% des bébés dorment 5 heures d’un trait, selon une publication d’Anders en 1979.

D’après une étude finlandaise de 1990 sur 270 bébés âgés de 0 à 12 mois :

  • jusqu’à 3 mois : 90 % se réveillaient la nuit
  • entre 3 et 5 mois : près des trois-quarts
  • entre 6 et 8 mois : les deux-tiers
  • entre 9 et 12 mois : 47 %

Vous l’aurez compris, les bébés se réveillent beaucoup plus souvent dans la réalité que dans les croyances que nous avions tous avant notre premier enfant.

Durées de sommeil de référence

Mais alors combien d’heures un bébé devrait dormir ?

Les études nous montrent qu’il n’y a pas de bonne réponse : chaque bébé est unique. Donc, si un bébé est en forme, qu’il ne montre pas de signe de fatigue dans la journée, c’est qu’il dort suffisamment.

Vous voulez vraiment des chiffres pour vous rassurer ?

En voici, tirés du livre “Dormir sans larmes, les découvertes de la science du sommeil de 0 à 6 ans” de la pédopsychiatre Rosa Jové :

Âge Nombre d’heures de sommeil

par 24 heures (nuit + siestes)

Sommeil diurne Sommeil nocturne
0-2 mois 12-16 50% en diverses séquences,

tout au long de la journée

50% en diverses séquences,

tout au long de la nuit

3-6 mois 10-15 30-40%

Plusieurs siestes

60-70%

Plusieurs réveils

6-9 mois 11-14 20-25% en 2-3 siestes, matin et après-midi 75-80%

Plusieurs réveils

9-18 mois 10-13 15% en 2 siestes plus courtes 85%

Plusieurs réveils possibles

19-36 mois 9.5-12 15% en 2 siestes, souvent réduites à une seule 85%

Plusieurs réveils possibles

3-4 ans 8-12 0-10% – Fin des siestes 90%

Plusieurs réveils possibles

4 à 6 ans 8-11 0% – Plus de sieste 100% – Plus de réveils

La plupart des parents seront rassurés en lisant le tableau ci-dessus : votre enfant a un sommeil normal.

Cela vous rassure sur la santé de votre enfant, mais ne change rien au fait que vous êtes épuisés !

Dans ce cas, nous vous recommandons le bonus gratuit à la fin de cet article : Comment faire dormir bébé toute la nuit : 6 méthodes bienveillantes issues de la recherche.

Hors norme ?

Que faire si le sommeil de votre bébé ne rentre pas dans les fourchettes proposées par ce tableau ?

D’abord, se rappeler que chaque enfant est unique (c’est important, donc je le répète), et que la recherche récente a démontré qu’il n’y a pas de corrélation entre le bien-être d’un enfant et son nombre d’heures de sommeil (étude Australienne de 2016 par Anna Price et al sur plus de 3000 enfants).

Ensuite, vous pouvez naturellement en parler à votre pédiatre.

Et bien sûr, vous pouvez lire les paragraphes suivants pour mener votre enquête vous-même 🙂

 

Comment savoir si mon enfant dort assez ?

Faites confiance à vos observations

Pour savoir si votre enfant a un sommeil suffisant, ne regardez pas le tableau ci-dessus, mais regardez le, lui. Quand une personne ne dort pas assez, ça se remarque.

Pour vous en convaincre, regardez vos collègues de travail après une mauvaise nuit, ou regardez-vous dans la glace 🙂

Une mauvaise nuit, ça se voit ! Ça se verra aussi sur votre enfant.

Si votre enfant est joyeux comme d’habitude, agité comme d’habitude, pas d’inquiétude.

Mais cet article a pour vocation de se reposer sur des bases scientifiques, donc nous allons vous donner des éléments concrets pour identifier un manque de sommeil chez votre enfant.

Les signes d’un manque de sommeil

Les symptômes suivants sont tirés du livre “Dormir sans larmes” déjà cité plus haut (merci Rosa Jové).

On considère qu’un enfant a un sommeil insuffisant si les 3 conditions suivantes sont réunies en même temps:

  1. L’enfant dort un nombre d’heures largement insuffisant par rapport à ce qui est normal à son âge, depuis au moins un mois.
  2. Ce manque de sommeil (ou la fatigue diurne qui y est associée) provoque chez l’enfant des malaises cliniquement significatifs (irritabilité, somnolence), ou une atteinte à ses fonctions ou ses activités (perte d’intérêt pour ses jeux, déficit de sociabilité, manque d’attention, de concentration, etc…).
  3. Ces anomalies ne peuvent être attribuées à la prise d’un médicament ou à un traitement médical, ni à des troubles mentaux antérieurs, à la parasomnie ou à un type quelconque de dyssomnie.

Le manque de sommeil est souvent la principale crainte des parents, mais ce n’est pas le trouble le plus courant chez les tous-petits.

Les 11 principaux troubles du sommeil

On classe les troubles du sommeil en 2 grandes catégories : les dyssomnies et les parasomnies (Dormir sans larmes, de Rosa Jové, encore !).

Les dyssomnies

Ce sont des anomalies de la quantité, de la qualité ou de l’horaire de sommeil. Voici les principales :

  1. Quantité de sommeil excessive : accès de sommeil irrésistibles dès que l’enfant est tranquille
  2. Sommeil insuffisant : très rare chez les enfants en bas âge, car ils se rattrapent de leurs nuits difficiles avec la sieste
  3. Apnées : pauses spectaculaires de la respiration pendant le sommeil
  4. Perturbation des horaires : lever ou coucher décalé par rapport au rythme naturel de l’enfant

En cas de dyssomnie, il est souvent conseillé de consulter un spécialiste.

Les parasomnies

Ce sont des épisodes ou des conduites inhabituelles pendant le sommeil. Elles peuvent être dues à une maladie ponctuelle (fièvre, obstruction nasale), ou à une anxiété. Dans l’esprit de l’enfant endormi, toute douleur se traduit par une scène angoissante, toute faim par un monstre dévorant, toute difficulté respiratoire en asphyxie.

Voici les principales parasomnies :

  1. Les cauchemars : en seconde partie de nuit, l’enfant se réveille et se rendort difficilement
  2. Les terreurs nocturnes : en première partie de nuit, très spectaculaires mais l’enfant ne se réveille pas et ne se souvient de rien
  3. Le somnambulisme : de l’agitation légère au lit à la course paniquée à travers la maison, tout existe. Mais l’enfant ne se réveille pas et ne se souvient de rien
  4. La somniloquie : paroles en dormant. C’est la moins grave des parasomnies.
  5. Le bruxisme : grincement des dents, avec un bruit désagréable
  6. La rythmie du sommeil : balancements de la tête ou du corps pour essayer de s’endormir. L’enfant peut se blesser
  7. Les hallucinations et paralysies du sommeil : impression de chuter dans le vide ou d’être paralysé. Très angoissant.

Que faire en cas de parasomnies ?

En résumé, les parasomnies sont des manifestations anormales pendant le sommeil. Si elles représentent un danger pour votre enfant, je vous invite chaudement à consulter un spécialiste.

Chez la plupart des enfants, les parasomnies s’atténuent si on veille à ce qu’ils ne soient pas trop fatigués ni anxieux à l’heure du coucher.

Mais comment faire pour diminuer l’anxiété d’un bébé ?

Dans son livre “Pleurs et colères des enfants et des bébés”, la psychologue Aletha Solter résume les sources de stress chez les bambins de 0 à 1 an :

  • le trauma prénatal et de la naissance
  • les besoins non satisfaits
  • la surstimulation
  • les frustrations de l’apprentissage
  • la douleur physique
  • les expériences effrayantes

Elle recommande bien entendu de diminuer autant que possible les sources de stress.

Mais certains d’entre eux ne sont pas évitables. L’enfant enclenche alors naturellement un mécanisme pour évacuer le stress : les pleurs. Dans ce cas, Aletha Solter recommande de laisser l’enfant pleurer en le prenant dans vos bras avec une attitude aimante et à l’écoute. L’important est que votre bébé sente votre présence rassurante jusqu’à la fin de ses pleurs.

Conclusion

Comme la plupart des parents, vous aurez conclu que votre enfant n’a pas de trouble de sommeil. Et donc que le principal problème vient de l’écart entre votre propre rythme de sommeil d’adulte et celui de votre enfant.

Mais si vous avez un doute, consultez un professionnel : les “vrais” troubles du sommeil sont graves et ont des conséquences réelles sur la santé. En général, ils peuvent être dénoués en quelques séances chez un pédiatre ou un pédo-psychiatre.

Revenons sur le cas de ma fille : elle était rayonnante dans la journée, mais nous causait pourtant les pires tracas la nuit. En très bonne santé, son sommeil n’avait tout simplement pas encore évolué vers des nuits complètes.

A 18 mois, ma femme et moi avons commencé à nous documenter, et à chercher des solutions bienveillantes et sans pleurs pour améliorer le sommeil de notre fille.

Pour vous éviter ces recherches fastidieuses, j’ai résumé 3 livres et 11 études scientifiques dans ce bonus gratuit de 25 pages : Comment faire dormir bébé toute la nuit : 6 méthodes bienveillantes issues de la recherche.

Résultat : avec 3 de ces méthodes, nous avons diminué de 80% les réveils de notre fille, et nous avons enfin pu passer des nuits paisibles.

Quelle que soit la solution que vous choisissez, n’attendez pas de subir comme nous 18 mois d’épuisement avant d’agir… car c’est tellement bon de refaire des nuits complètes !

 

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3 Comments

  • Sébastien

    Reply Reply 21 août 2018

    Wow article super complet ! bravo 🙂

    Pour ma part, nous avons utilisé cette technique :

    Quand le bébé pleure, on vient 1 seule fois, en expliquant qu’on est là et qu’il n’y a pas de problème. On lui dit ensuite qu’il faut que papa et maman dorment, que nous avons besoin de nous reposer.

    Nous retournions ensuite dans notre chambre et si les pleures recommençaient, je mettais le minuteur sur 30 minutes. En nous interdisant d’y aller avant les 30 minutes (évidemment c’est plus dur pour la maman ^^)

    En règle générale au bout de 10 à 15 minutes maximum c’était réglé, plus de pleurs.
    En moins de 10 jours les 2 ont fait leur nuit (vers 3-4 mois)

    Autre chose, j’ai rencontré un couple qui avait le sommeil très lourd.
    Leurs enfants ont, soi-disant, toujours fait leur nuit.

    Alors 2 hypothèses me viennent à l’esprit 🙂

    Soit ils dormaient trop profondément pour entendre leurs petits pleurer 🙂 et ces derniers ont compris qu’il ne servait à rien de pleurer car personne ne venait jamais. (Super technique involontaire donc)

    Soit le sommeil lourd est héréditaire ? A-t-on des infos sur ce point ? 🙂

  • Bonjour Sébastien

    Merci beaucoup pour votre message, je suis toujours partant pour discuter de ce genre de sujets avec plaisir !

    A propos de l’hérédité sur la “lourdeur” du sommeil, c’est-à-dire le fait de se réveiller facilement ou pas, je n’ai trouvé aucune étude.

    Par contre, l’hérédité du sommeil en général commence tout juste à être documentée. L’étude pionnière sur ce sujet date de 2005 : des chercheurs suisses ont mis en évidence l’existence d’un gène du sommeil, qui agit sur la fabrication de la vitamine A. Cela pourrait expliquer pourquoi il y a des familles de gros dormeurs et des familles de petits dormeurs.

    De même, il y a quelques études sur l’hérédité des troubles du sommeil : par exemple, des chercheurs britanniques ont démontré en 2017 que l’insomnie peut se transmettre par la mère mais pas par le père.

    Même si ces études scientifiques sur l’hérédité du sommeil sont très récentes, le consensus général est que l’environnement et l’éducation jouent tout de même un rôle prépondérant sur la qualité du sommeil de l’enfant.

    A propos de la méthode que vous indiquez pour faire dormir les bébés, je ne suis pas d’accord. Je suis même fondamentalement contre laisser pleurer un bébé seul, quel que soit le nombre de minutes.

    Comprenez-moi bien : je ne vous critique pas, chacun est libre d’élever ses enfants comme il l’entend, je critique la méthode.

    Pour un bébé, se réveiller dans le noir est souvent une expérience terrorisante. S’il demande de l’aide, c’est qu’il en a besoin. Le laisser pleurer seul, c’est lui transmettre le message qu’il ne peut pas compter sur ses parents quand il en a besoin.

    J’ai donc un point de vue assez radical sur ce sujet, et je suis bien conscient des implications en terme de sommeil pour les parents (pour l’avoir vécu moi-même…).

    Mais j’ai créé le blog sommeilbebe.com pour proposer des solutions aux parents qui pensent comme moi, basées sur la bienveillance et l’accueil des émotions des bébés, même la nuit.

    Ceci dit, je suis totalement ouvert à la discussion, et je vous remercie encore pour votre message : débattre de ces sujets me passionne !

    Emmanuel

  • Chang ParentalitéZen

    Reply Reply 11 septembre 2018

    L’article est très complet ! On sous estimé le temps de sommeil parfois mais ça joue énormément sur le comportements des enfants. Déjà qu’en tant qu’adultes, on est un peu grincheux si on a pas bien dormi, alors imaginez pour un enfant.

    Un bon sommeil c’est :
    – De la bonne humeur
    – Une meilleure concentration à l’école
    – Moins de “disputes” ou autres conflits 😉

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