Le vol chez l’enfant : comment réagir au mieux à ce comportement

Cette semaine nous recevons Christel rédactrice du blog Maman Naturellement. Elle nous a proposé d’aborder un sujet qui peut-être perturbant pour les parents que nous sommes : le vol chez l’enfant ! Qui n’a jamais failli défaillir en découvrant dans le cartable de son petit trésor un ou deux jouets ne lui appartenant pas ? Et surtout, en comprenant très vite que ce n’était ni un échange, ni un cadeau ? Si ce petit ange était sur la mauvaise pente ? Et s’il devenait un délinquant multirécidiviste ? Rassurez-vous, ce premier vol de votre enfant ne le mènera certainement pas en prison plus tard. Qui vole un œuf ne vole pas forcément un bœuf. La plupart du temps, ce vol restera isolé, et votre chérubin ne deviendra pas un criminel. Plusieurs raisons expliquent le vol chez l’enfant. Une réaction claire et saine de votre part permettra en général d’empêcher qu’il se reproduise et devienne une habitude.

Le vol chez l’enfant : les 3 raisons principales

Avant de chercher à savoir comment réagir, demandez-vous toujours ce qui a entraîné le comportement de votre enfant.

Un stade normal du développement de l’enfant

Un matin, en mettant la gourde dans le sac de Mademoiselle 5 ans, vous trouvez deux figurines en plastique, inconnues au bataillon. Puis trois jolies licornes, que vous êtes certaine de ne jamais avoir offertes à Mademoiselle. Evidemment, vous lui posez la question : “Où as-tu trouvé ces figurines ?”. Et elle vous répond, droit dans les yeux, que c’est un échange avec Charlotte. Et qu’elle va les rendre aujourd’hui. Formidable, Mademoiselle s’initie au troc ! Mais quand tous ces objets sont toujours au même endroit le lendemain, vous reposez la question. Et vous finissez très vite par comprendre qu’il ne s’agit pas d’un échange, mais bien d’un vol de jouets de la classe de maternelle -certes minime, mais appelons un chat un chat…. Et c’est loin de vous faire plaisir. Mais qu’avez-vous raté dans votre accompagnement ?

Sans doute pas grand-chose. Comme le mensonge, le vol apparaitra très vraisemblablement à un moment donné dans le comportement de votre enfant. Avant ‘4-5 ans, les enfants considèrent qu’ils peuvent prendre ce qu’ils veulent avoir. La notion de propriété est encore peu développée – en ce qui concerne autrui en tous cas. À partir de 2 ans, il a certes développé un certain sens de la propriété – mais uniquement en ce qui le concerne lui, la frontière étant beaucoup moins claire en ce qui concerne ce qui appartient à autrui…

Jusqu’à 4-5 ans environ, les actions de votre enfant sont principalement guidées par ses envies, par l’assouvissement de ses désirs, par son plaisir immédiat. Il contrôle encore très mal ces pulsions.

Le jeune enfant n’a pas encore de conscience morale, il a du mal à discerner le bien du mal. Celle-ci s’affine peu à peu, notamment en vous observant, vous ses parents. En observant les réactions à ce qu’il fait ou dit. Vos explications, et non les punitions, lui permettront de préciser cette conscience morale.

Lorsqu’il prend, impulsivement, ce qu’il désire, ce n’est pas un vol dans son esprit comme ça l’est dans le vôtre. Il n’a pas la notion du fonctionnement de l’économie, la notion de l’échange argent – bien. Il l’acquiert au fur et à mesure, et notamment grâce à vos explications, en plus de ses observations qui s’affinent.

Enfin, jusqu’à 5-6 ans environ, l’enfant ignore bien souvent les conséquences du vol. Ne maitrisant pas forcément parfaitement la notion de propriété – en tous cas celle d’autrui- il ne se rend pas forcément compte qu’il lèse autrui. Comme pour le mensonge, il ne réalise pas les conséquences de son acte. A vous de l’aider, en utilisant l’empathie : “Comment te sens-tu quand ton frère prend tes jouets et ne veut pas te les rendre ?”

Le vol chez l'enfant

La pression des autres

Un enfant est avant tout influencé par son environnement, qu’il absorbe (le fameux esprit absorbant de Maria Montessori). Donc, par vous. Votre comportement. Mais pas uniquement. L’école, la famille, les amis, les valeurs véhiculées dans les livres ou dans les films et dessins animés qu’il regarde sont autant d’influences sur son comportement, sa construction. Qui peuvent l’amener à voler pour diverses raisons :

  • en premier lieu, parce qu’il vous a vu le faire. Prendre de l’argent dans le sac de votre conjoint pour aller acheter le pain, sans demander. Ne pas payer le billet de métro parce qu’on est pressé.
  • pour ressembler aux autres, pour être accepté. Pour avoir la même barrette que sa copine, votre fille pourra revenir avec l’objet du délit. Plus grands, à l’âge des vols à l’étalage, votre pré-ado ou votre ado pourra revenir avec le même rouge à lèvres que sa meilleure amie. Ou vous prendre dans votre portefeuille de quoi s’acheter les mêmes chaussures que toute sa bande au collège, parce que, pour être accepté dans le groupe de ses pairs, il faut leur ressembler…
  • attention, si votre enfant vole régulièrement dans votre porte-monnaie : il peut s’agir de véritable harcèlement. Qu’il ne voudra surtout jamais dénoncer, par peur de son maître chanteur. Prenez ces vols très au sérieux.
  • pour avoir l’air “cool”. Parce que c’est un pari que vos pré-ados se sont lancés : ramener ni vu ni connu une revue de la maison de la presse locale.
  • parce que de nombreux héros de films ou de dessins animés, appréciés et connus, sont des menteurs et des voleurs. Et sont adulés pour ça. Alors, pourquoi pas moi ? Pourquoi voler serait mal si des images en donnent une certaine valeur positive ?
  • pour montrer que l’on se rebelle. Contre l’autorité, contre la loi, contre ses parents. Et ça aussi, à un certain âge, c’est “cool”. Pour braver l’interdit, tester les limites. Vos limites, bien souvent.
  • à l’inverse, votre enfant pourra voler quelques pièces dans votre porte-monnaie par simple générosité, pour faire un cadeau à son amie qu’elle sait nécessiteuse. Ou chaparder un jouet dans sa classe pour l’offrir à l’anniversaire de son père…

Le vol chez l'enfant

Pour attirer l’attention à lui

Un enfant pourra vous ramener des objets volés à l’école pour que vous vous occupiez “enfin” de lui. Parce que vous rentrez tard du travail, que vous n’avez pas le temps pour lui. Ou pas suffisamment selon lui. Alors, il fait ce qu’il sait interdit pour que vous le remarquiez. Le même comportement pourra avoir lieu à l’école, un enfant se sentant exclu par l’enseignant. C’est un SOS qu’il vous lance…

Si vous lui dites trop souvent “non”, votre enfant aura la sensation que vous négligez ses besoins. Que vous ne l’écoutez pas. En volant, il vous rappelle parfois ses propres besoins. Et notamment, le besoin qu’il a de remplir son réservoir affectif…Il pourra alors voler pour remplir un vide affectif, l’objet volé étant symbolique.

Il arrive également que les enfants vivant des situations difficiles, comme par exemple la séparation de ses parents, une maladie dans la famille, volent pour qu’on les remarque au milieu du chaos.

Le vol chez l’enfant : comment réagir ?

En premier lieu, demandez-vous pourquoi votre enfant a commis ce vol. Sans dramatiser, sans culpabiliser. Je sais, plus facile à dire qu’à faire ! Ne le jugez pas non plus, lui. Jugez son acte. Ne le stigmatisez surtout pas.

Réagissez ensuite en fonction de la cause, sur le plus long terme. Si votre enfant a volé pour remplir un besoin affectif, essayez de le combler. En amont, prévenez les causes – et montrez l’exemple. Sur le moment-même, réagissez, en toute bienveillance certes, mais fermement. Bien qu’il s’agisse d’un stade normal du développement de l’enfant, il est indispensable qu’il comprenne que le vol n’est pas acceptable.

L’importance de l’exemple et de la prévention

Le jeune enfant ne semble pas avoir de conscience morale (distinction entre le bien et le mal) avant l’âge de 6 ans, d’après une étude parue en 2016. Pour l’acquérir, il absorbe son environnement. Aussi, il est primordial de lui montrer l’importance que vous accordez à l’honnêteté.

Comme pour le mensonge (voir mon article sur ce sujet sur mon blog), votre exemplarité est donc primordiale. Montrez-lui, par l’exemple, que la propriété se respecte. Ne prenez pas d’argent dans le porte-monnaie de votre conjoint, ne serait-ce que pour aller chercher le pain, sans le lui demander. Prenez l’habitude d’obtenir l’aval de votre ainée avant d’emprunter son écharpe pour la soirée. Apprenez à votre enfant à demander avant de prendre ce qui n’est pas à lui. Quoi que ce soit. En effet, où est la limite entre se servir comme on veut dans les affaires de maman pour se déguiser et ne pas prendre les jouets de son frère sans demander ? De même, rendez toujours ce que vous empruntez ! A la bibliothèque par exemple : mettez un point d’honneur à rendre les ouvrages empruntés avant le rappel à l’ordre…

C’est également un sujet que vous pouvez aborder assez régulièrement, à travers des exemples de la vie de tous les jours. Par l’intermédiaire de livres également, parlant de ce sujet. Ou de mini-discussions, à adapter selon l’âge de votre enfant évidemment.

La réaction quand votre enfant est “pris sur le fait”

Qu’il s’agisse de petits jouets ramenés de l’école ou d’un vol dans un magasin ou chez des amis, soyez très clair : voler, ça ne se fait pas. Ce n’est pas admis. Mais attention, ne transformez pas votre chérubin d’hier en “sale voleur” d’aujourd’hui ! Ne l’humiliez pas.

En effet, s’il est indispensable de ne pas laisser passer le vol, il n’y a pas de meilleure façon de favoriser la “rechute” de votre enfant que de lui lancer “tu es un voleur”… Comme toutes ces “phrases-étiquettes”, ces 4 mots vont marquer votre enfant, qui va finir par se comporter comme un voleur, puisque son cerveau aura interprété cela comme un ordre. Le psychologue américain Rosenthal a défini dès 1968 cet effet comme l’effet Pygmalion, ou prophétie autoréalisatrice. Soulignez et jugez le comportement, jamais votre enfant (si vous êtes intéressé par ces phrases que l’on devrait éviter de dire à nos enfants, n’hésitez pas à vous rendre sur mon blog, je vous offre un bonus sur ce sujet !)

De même, la punition immédiate, consécutive à son aveu (lorsqu’il aura avoué), ne constitue pas non plus une bonne solution. Il est fort à parier qu’entre reconnaitre son larcin, qui lui vaut en retour une punition, et cacher la vérité en espérant échapper à votre courroux, votre enfant aura vite fait de choisir… Ne le menacez pas non plus d’aller en prison ou d’appeler la police…Vous dramatisez, vous utilisez la peur, néfaste pour son cerveau en plein développement…

Attention, encore une fois, je ne dis surtout pas qu’il ne faut pas réagir lorsque vous prenez votre enfant en flagrant délit de vol ! Mais votre manière de réagir aura des conséquences sur la probabilité que votre enfant recommence…Ne rien dire lui laissera croire qu’il peut recommencer. Soit parce qu’il pensera qu’il peut le faire, puisque vous ne dites rien. Soit parce que vous n’aurez pas remarqué la cause profonde du vol, qui n’est alors que le symptôme d’un mal plus profond.

Soyez ferme, soulignez que ce comportement ne doit pas avoir lieu. Expliquez-lui pourquoi. Essayez de l’aider à trouver les conséquences de son acte : “et si tous les enfants prenaient des jouets à l’école, est-ce qu’il vous en resterait ?” Utilisez l’empathie : “et toi, si ton amie te prenait ta poupée et ne te la rendait pas, comment te sentirais-tu ?

Puis dites-lui qu’il faut rendre ce qu’il a pris. Pour que tout le monde soit mieux, lui compris. Aidez-le dans cette démarche, facilitez-lui la tâche, déjà très difficile pour lui. Accompagnez-le dans sa démarche, avec bienveillance. N’en faites pas une affaire d’état, en prévenant famille et amis…. Votre réaction, bien que ferme, doit avoir lieu dans l’intimité. Et ne revenez pas dessus : l’incident, une fois réparé, est clos. Faites-lui confiance – ce qui ne vous empêche pas de vérifier si les jouets de la classe ont bien disparu du cartable…

Le vol chez l'enfant

Enfin, si vous avez identifié une cause autre que le vol comme faisant partie du développement de l’enfant, adressez-vous aussi (ou surtout !) à cette cause plutôt qu’au vol, qui n’est “que” le symptôme. Donnez plus de temps à votre enfant (oui, c’est parfois compliqué…mais il y a toujours des solutions). Ecoutez-le. Remplissez son réservoir affectif.

Si les symptômes vous paraissent importants, n’hésitez pas à en parler, à chercher de l’aide. Notamment si le vol se reproduit, fréquemment. Non, ce n’est PAS honteux. Personne n’a à juger votre parentalité parce que votre enfant a, pour la première fois, volé un objet. Séparez-vous émotionnellement de l’action de vol de votre enfant.

N’hésitez pas à laisser en commentaires vos expériences de vol chez vos enfants. Comment avez-vous vécu ce premier vol, s’il a eu lieu ?

 

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