Relation parent / enfant : comment mieux communiquer avec son enfant ?

Cette semaine, nous laissons la parole à Vincent, rédacteur du Blog l’Epopée Ludique, qui nous partage ce qu’il a mis en place pour passer du temps de qualité avec sa fille et comment il a appris à mieux communiquer avec son enfant. 

 

comment mieux communiquer avec son enfant

Lorsque j’allais chercher ma fille de 7 ans à la sortie de l’école, je me souviens combien les trajets pouvaient être frustrants. Aux éternelles questions qu’on pose mécaniquement sur le déroulé de sa journée, je n’obtenais généralement qu’une réponse évasive, ne m’apprenant rien sur ses activités, ses joies, ses peines, ses apprentissages ou ses inquiétudes.

  • « Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu as appris ?
  • Je ne sais plus…
  • Et avec les copains, ça a été ?
  • Oui, ça a été.
  • Avec ta maîtresse ? Tout s’est bien passé ?
  • Oui, j’ai été sage.
  • OK… Rien de particulier du coup ? Tout va bien ?
  • Oui, tout va bien ! »

Finalement, et même si je n’ai jamais rencontré de réel problème au quotidien avec ma fille, j’avais la sensation de passer à côté de quelque chose, de la voir grandir sans la connaître, d’en savoir de moins en moins.

Je savais qu’elle se confiait beaucoup à sa mère, mais en tant que parent séparé, il m’était difficile d’avoir la moindre information pertinente et donc de l’accompagner, de la conseiller. A vrai dire, je pense qu’elle non plus n’en ressentait pas le besoin. Mon rôle de père mi-clown, mi-autorité semblait suffire. Pourtant, et j’en étais persuadé, une réelle relation de partage et de confiance était possible et serait largement bénéfique dans son développement personnel.

Trouver le déclic pour initier le changement a été bien plus simple que prévu. C’est ma chérie qui devant mon inquiétude m’a tout simplement dit :

« Pourquoi tu ne profites pas du rituel du soir pour engager la conversation, après l’histoire par exemple ? C’est ce que je fais et elle se confie à moi. Vous serez tous les deux au calme et en tête à tête. »

Eh non, rien de miraculeux ! La facilité avec laquelle nous en sommes venus à échanger véritablement, à parler de sujets personnels a été pour moi une véritable révélation. Nous passer de ces instants privilégiés serait aujourd’hui impensable tant ils apportent de la profondeur à notre relation. Je me sens aujourd’hui beaucoup plus impliqué dans sa vie et nos conversations ne se limitent plus à  parler « de la pluie et du beau temps ».

J’aimerais vous partager ici ce que j’ai appris de ces moments et les changements qui en ont découlé, si petits soient-ils, qui m’ont permis de tendre vers une relation père / fille plus riche et de passer davantage de temps de qualité ensemble.

4 évidences qu’on oublie facilement

Être (vraiment) honnête

On ment sans cesse à nos enfants. On leur fait croire au Père Noël, à la petite Souris ou à la Cigogne. On leur promet qu’on fera ce qu’ils demandent, juste pour qu’ils nous écoutent. On détourne la réalité pour ne pas leur faire peur ou parce qu’on pense qu’ils n’ont pas l’âge. Et un beau jour, forcément, on les déçoit.

Je pense qu’à partir d’un certain âge, il faut admettre que nos enfants sont largement capables de comprendre la réalité des choses tant qu’on l’explique avec bienveillance et de manière adaptée. J’aimerais que mes enfants ne me mentent jamais, pour quelque raison que ce soit, pour instaurer une réelle relation de confiance et pour pouvoir être là, le jour où, si besoin.

Comme il me semble évident qu’une telle relation doit être réciproque, je me suis simplement promis de ne plus jamais leur mentir, quelle que soit la question. Si le sujet est compliqué pour moi (« comment elle est arrivée ma petite sœur ? »), je réponds désormais simplement qu’il me faut du temps pour lui répondre et que nous en reparlerons le week-end prochain, puis je demande conseil autour de moi. Je prends le temps de chercher la meilleure façon d’aborder le sujet avant qu’on se pose ensemble et qu’on en discute.

Pour le sujet forcément parlant du père Noël, lorsque ma fille m’a demandé s’il existait, plutôt que de répondre un brutal « NON » qui aurait pu la rendre triste, je lui ai demandé ce qu’elle en pensait, comment elle en était venue à se poser la question. Elle est arrivée « comme une grande » à la conclusion que non, il n’existait pas, et plutôt que d’être triste, elle s’est amusée à deviner qui avait offert tous les cadeaux qu’elle avait reçu.

Être à l’écoute

Être à l’écoute ne rime en rien avec « être à la merci de » ou « être à 100% disponible ». L’idée est simplement de faire en sorte que les moments de dialogue soient dédiés à la parole et ne soient pas pollués par une tâche ou une distraction.

En période de confinement, nous avons tous eu à vivre ce moment où nos enfants avaient une envie folle de discuter pendant que nous travaillions. Un moment parfait pour n’écouter que d’une oreille, lâcher des « OUI OUI » peu attentifs et en arriver finalement à saturation avec un magnifique « écoute, papa est en train de bosser. Là tout de suite, je ne peux pas, va t’occuper dans ta chambre ». Pour la communication positive, on repassera…

Rien ne sert de se parler si l’on ne s’écoute pas de manière active, si l’on ne peut pas s’écouter. Dans ce cas, je note le sujet de la discussion et on convient d’un moment plus propice pour en parler (si le sujet est important).

De manière générale, j’évite également d’avoir mon téléphone à portée de main lorsque ma fille me parle. Je prends le temps de me lever et d’aller le poser loin de moi. Il n’y a rien de pire que de parler à quelqu’un qui est sur son écran. Autant montrer l’exemple.

Ne pas juger / critiquer

« En ce moment, j’ai deux chéris et le deuxième a également une autre chérie »…

Qu’il aurait été tentant pour le moi d’il y a 10 ans de m’insurger : « ce n’est pas normal d’avoir plusieurs chéris, il faut que tu choisisses ! »

Si une chose est certaine, c’est que nos enfants grandissent à travers leurs propres expériences, qu’ils ont leur libre arbitre et qu’ils se forgent leur propre opinion des choses. Si celle-ci peut aller à l’encontre de nos propres valeurs / éducation, on ne doit pas oublier que nos enfants sont des êtres à part entière, doués d’intelligence. S’ils nous en parlent (et c’est déjà beaucoup), ce n’est pas pour être rejetés ou jugés, mais simplement pour nous faire part de leur ressenti, des doutes qu’ils peuvent avoir ou simplement du fait que cette expérience les rend heureux.

Nos enfants sont suffisamment entourés de préjugés, de codes et de cases dans lesquelles ils doivent se ranger. Laissons-leur le temps de grandir ! Demandons-leur ce qu’ils ressentent, ce qu’ils pensent. Le dialogue n’en sera que plus ouvert.

On bannira également la moquerie, les paroles blessantes ou limitantes au risque de fermer définitivement la porte à la confiance et au dialogue qui était en train de s’instaurer.

Accompagner et impliquer

Lorsque ma fille m’a fait part en dernière année de maternelle des difficultés qu’elle rencontrait avec une camarade qui lui tirait les cheveux régulièrement et était « méchante », je lui ai demandé comment elle réagissait. Elle m’a dit qu’elle prévenait les adultes, mais que ça ne changeait rien pour le lendemain. Voyant sa détresse, je lui ai demandé ce qu’elle souhaitait que je fasse. Difficile à cet âge de voir la lumière au bout du tunnel, aussi lui ai-je proposé d’écrire une lettre à la maîtresse et à la directrice de l’école et au besoin de prendre rendez-vous.

Les échanges qui ont suivi n’ont pas été neutres pour ma fille comme pour la « méchante » aussi, il était important de l’impliquer de bout en bout. Je lui ai donc fait lire la lettre en totalité, validé que les éléments que j’y rapportais étaient justes et que sa version ne changerait pas. Les enseignants ont pu prendre conscience (et connaissance) du fait qu’il y avait un réel problème, que ma fille n’était pas la seule concernée et qu’il était nécessaire d’agir.

Si je me serais bien passé de cet incident, il m’a enseigné l’importance de toujours prendre en compte les alertes (si petites soient-elles) émises par nos enfants et surtout de leur faire comprendre que nous sommes là pour eux, avec eux, qu’ils peuvent avoir confiance en nous et qu’on pourra toujours trouver ensemble des solutions.

4 idées simples pour initier le dialogue

Plutôt que de bombarder sans cesse ma fille de questions ou pire, lui reprocher de ne pas me parler, j’ai mis en pratique quelques idées qui ont changé en profondeur notre relation au quotidien.

Parler de soi et de ses émotions

Pas facile de dire ce que l’on ressent à son enfant, mais si le dialogue est un échange, on ne peut pas attendre de lui qu’il soit le seul à s’exprimer. Au contraire, prendre le temps de parler de nos envies, de ce qu’on aime, de nos passions, permet souvent d’initier simplement et sereinement le dialogue.

L’achat du livre « La couleur des émotions » fut une révélation pour moi. Non seulement j’ai découvert un sujet passionnant qui m’a fait, je pense, progresser en tant que père et en tant que personne, mais également sa lecture avec ma fille a été l’occasion d’ouvrir simplement le dialogue et de faire tomber les barrières.

Que ce soit au travers de ce livre ou d’un autre (il existe de nombreux livres sur les émotions pour les enfants), ce sujet permet de dire à son enfant à quelle occasion on a pu ressentir telle ou telle émotion, puis de lui demander à son tour s’il a un exemple qui lui vient en tête.

Avec le temps, je me suis surpris à dire que « ça m’a rendu triste », que « c’était super » ou simplement « je t’aime », ce qui n’était pas forcément simple pour moi.

Partager des souvenirs

Ma fille m’a récemment demandé « mais avec maman, vous avez quand même des bons souvenirs ? ». Je lui ai dit que bien sûr, il y avait des tas de bons souvenirs, que tout n’était pas tout blanc ou tout noir et que même si papa et maman n’étaient plus ensemble et que le dialogue était aujourd’hui difficile, ils avaient passé pleins de moments supers, notamment avec elle.

Comme j’ai senti que ma réponse n’était pas satisfaisante, je lui ai demandé si elle voulait que je lui montre parce qu’elle était trop jeune pour s’en souvenir. J’ai donc ressorti les photos de voyages, les souvenirs d’événements qui m’ont touché particulièrement et raconté des anecdotes qui nous ont fait rire.

Je pense que par moments, nos enfants ont besoin de comprendre comment et pourquoi les choses sont comme elles sont. Il ne faut pas hésiter à revenir sur le passé avec eux et à répondre à leurs questions même si elles ne sont pas toujours simples.

Coopérer

Plutôt que d’ordonner sans cesse, j’essaie d’inviter ma fille à coopérer au sein du foyer, à donner son avis, à proposer des choses pour améliorer notre vie de famille. Comme je le dis souvent, elle est une personne à part entière et participe à hauteur de ses capacités au bien être au quotidien.

Lorsque des décisions importantes doivent être prises la concernant (ou qui auront un impact sur elle), elles sont discutées en sa présence, en toute transparence. Elle dispose d’un temps de parole pour donner son avis. Nous sommes d’ailleurs souvent surpris de la pertinence de ses remarques !

La coopération ne passe pas que par les grandes décisions. Elle peut être un excellent moyen de passer du temps de qualité ensemble. Plutôt qu’une activité peinture en solitaire, on pourra construire un DIY en commun. Plutôt qu’un jeu de société compétitif (et souvent frustrant), on pourra privilégier un jeu de société coopératif où l’on gagnera (ou perdra) ensemble contre le jeu. Ce sera l’occasion de bâtir une stratégie à plusieurs, de réellement travailler ensemble pour l’emporter et au passage de vivre une aventure passionnante. Il en existe d’excellents comme Zombie Kidz !

Privilégier un temps propice

Pour revenir sur l’échange dont je parle au début de l’article, l’évasif chemin de l’école, je pense que tout simplement, il y a des moments non propices au dialogue, où la conversation ne peut-être que vague et les sujets abordés en surface.

Lorsque l’on rentre du travail et qu’on demande distraitement à notre moitié si « ça va ? » on s’attend rarement à se réunir et à parler d’un sujet profond pendant des heures. Il existe un temps pour tout et il faut simplement en avoir conscience.

Le repas

Le repas est un temps idéal pour communiquer en famille. En semaine, il peut s’agir du seul moment passé tous ensemble, c’est pourquoi je n’ai jamais fait manger ma fille avant nous. Si toute la famille est généralement présente autour de la table, le cœur des sujets porte sur les projets communs, les activités en famille, les sorties. On parle en priorité de ce qui concerne tout le monde.

Le rituel du soir

Chez nous, le rituel du soir a bien évolué au fur et à mesure des années. À la demande de ma fille, il est désormais effectué un soir sur deux avec moi et un soir sur deux avec sa belle-mère. À la classique histoire du soir, nous avons, comme je l’ai précisé plus tôt, ajouté un temps dédié au dialogue où le sujet de conversation est totalement libre.

Effectué en tête à tête, à l’occasion d’un temps calme, c’est le meilleur moment pour discuter sereinement et aborder des sujets de fond. Certains sujets sont traités plusieurs soirs de suite, laissant le temps de la réflexion jusqu’au lendemain !

Ce rituel nous est devenu à l’un comme l’autre indispensable et constitue un véritable moment de complicité et de partage. C’est également vrai pour sa belle-mère.

 

En quelques mois, cette prise de conscience et les quelques changements décrits dans cet article m’ont permis de véritablement changer la relation que j’avais avec ma fille, d’instaurer des temps de dialogue « réels » et d’aller au-delà d’une simple relation d’autorité classique. Rien de sorcier, mais de véritables miracles dans notre quotidien !

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