le bilan de nos 4 mois d’Instruction En Famille

Cet article (écrit par Camille) fait partie d’une série d’articles sur le thème de l’école, des apprentissages scolaires et des « Pédagogies alternatives » dans lesquelles vous découvrirez :

 

Notre réflexion sur l’instruction et l’école a commencé il y a quelque temps, lors de la découverte de la ferme des enfants… ce fut un véritable choc pour moi. Je me rappelle avoir gardé la page ouverte sur mon ordinateur pendant trois jours… «Une autre école… c’est possible !!!!»

Mi 2015, nous rencontrons un groupe de famille, avec un superbe projet d’école basé sur les apprentissages autonomes et informels, avec comme pilier le lien avec la nature, l’intergénérationnel, le soutien parental (atelier de parentalité, Communication Non Violente…).

Pourtant, malgré l’enthousiasme de tous les porteurs du projet et l’espoir d’une ouverture d’école rapide pour nos enfants… nos peurs et nos limites personnelles (toutes respectables) sont venues ternir la relation, et nous n’avons pas réussi à mener ce projet à bien !

Nous étions alors un peu au pied du mur… Si cette école ne voit jamais le jour, quelle solution avions-nous pour sortir nos filles du système scolaire traditionnel ? Pourquoi attendre septembre pour les déscolariser ? Pourquoi continuer de vivre en incohérence avec nos nouvelles croyances ?

Alors nous nous sommes lancés ! Non sans peur quant à notre épanouissement à chacun dans ce nouveau fonctionnement. Nous avons retiré Lou (en CP) et Lili (moyenne section maternelle) de l’école en avril 2016, Léo (en CM2) ayant lui choisit de continuer dans le système scolaire classique. Et finalement, avec le recul que nous avons aujourd’hui, c’était le moment parfaitement juste pour nous permettre de vivre cette expérience de l’Instruction En Famille !

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Les Points Positifs que nous retirons de cette expérience :

1- L’occasion de « réparer les dégâts » initiés par le système scolaire traditionnel !

Le plus gros point : L’estime de soi de notre fille Lou !

Très sensible et affectée par le jugement et la compétition a
menés par l’école, son estime d’elle même était au plus bas… et comme elle s’est longtemps fortement adaptée pour plaire et faire plaisir à la maîtresse, aux copains… c’était un peu le chaos à l’intérieur d’elle-même!

La guérison n’est pas complète, nous n’avons toujours pas de baguette magique :-), mais pas à pas… les messages ancrés en elles évoluent, les apprentissages redeviennent source de plaisir et non plus qu’angoisses de « ne pas être à la hauteur ».

Elle commence à développer une vraie connaissance de soi, de ses potentiels… Apprendre à s’aimer… nous on commence juste ! Et nous croyons vraiment que c’est la clef de tout… elle est peut-être là la baguette magique ! Une fois que je m’accepte pleinement, que je m’aime inconditionnellement, avec mes plus et mes moins… plus rien ne peut m’arrêter 🙂

Le fait d’avoir enfin répondu à l’appel au secours qu’elle nous lançait, depuis un moment, a aussi fortement renforcé sa confiance en nous, son sentiment de sécurité et notre lien d’attachement…

Malgré cela, le but n’est pas non plus de la couper des jugements, de la compétition, des difficultés émotionnelles et/ou relationnelles. Quand nous nous retrouvons en groupe avec d’autres familles IEF, les enfants font face à la frustration, au jugement, à diverses émotions fortes… cela fait pleinement partie de la vie ! Le groupe implique l’autre personne, qui va venir par effet miroir réveiller des choses en nous. Le but n’est donc pas de la couper de cet apprentissage, mais simplement de lui permettre de se donner le temps d’acquérir et de vivre ces expériences de vie, avec respect et sécurité, lui permettre de développer sa connaissance d’elle-même, de ses compétences relationnelles, etc.

2- L’arrivée dans notre vie d’un nouveau « vent de liberté » !

Quelle joie de ne plus être pressés et stressés par toutes les contraintes que nous amène l’école : les horaires, les réveils trop matinaux pour les filles, les prises de tête avec les devoirs, etc.

C’est vrai que nous avons aujourd’hui un mode de vie qui nous permet assez « simplement » de mettre en place l’Instruction En Famille : nous travaillons tous les deux à la maison et pouvons aménager nos horaires à notre guise.

Alors pour nous, se soustraire à ses contraintes d’horaires et aux obligations diverses liées à l’école fut un grand bol d’air frais ! Les premiers temps, nous vivions pleinement chaque journée, en passant d’un jeu à une activité, d’un apprentissage à un autre, suivant les demandes et intérêts des filles, sans trop se poser de questions.

Prendre le temps de profiter pleinement du moment présent, en toute simplicité… Quelle joie !

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3- Un effet inattendu : l’IEF nous a permis d’optimiser notre temps… et de moins procrastiner !

Nous avons toujours eu cette fâcheuse tendance, Olivier et moi, à reporter au lendemain bon nombre de choses (autant personnelles que professionnelles). Mais en se lançant dans l’Instruction en Famille, le temps que nous pouvions allouer à nos activités professionnelles a sacrément diminué !

Nous nous occupions des filles, chacun notre tour, un jour sur deux, ce qui ne laissait à chacun, plus que 2 jours ½ de travail par semaine !

Alors plus question de procrastiner, ou de se laisser disperser par les mails, les alertes sur le téléphone, etc. Le fait de se retrouver sans cesse au pied du mur ne nous permettait plus de reporter une tâche au lendemain. Du coup, nous avons grandement gagné en efficacité, optimisation de notre temps, et surtout en présence. Etre pleinement présent à ce que l’on fait.

Avec le recul que nous avons aujourd’hui, nous étions dans un rythme assez intense… Nous nous sommes un peu essoufflés tout de même  (Cf. dans les « points négatifs » un peu plus bas).

4- La possibilité de « choisir pour soi » !

Nous avons tous éprouvé beaucoup de joie et de satisfaction personnelle à s’interroger en conscience :

  • “Qu’est ce que j’ai envie de faire, d’apprendre aujourd’hui ?”
  • “Qu’est ce que j’ai envie d’écrire ? Une lettre pour un copain, le récit de notre dernière sortie, ou une BD sur les licornes ? Je peux suivre mon élan…”
  • “Est-ce que j’ai envie de profiter du soleil et courir dehors, ou j’ai envie de me poser tranquillement à lire une histoire ? Je choisis ce qui répond à mon besoin sur le moment.”

Nous avions, les filles et nous deux, une grande liberté. Ne serait-ce que celle de pouvoir se demander en se levant le matin : qu’est-ce qui pourrait m’apporter de la joie aujourd’hui ?

5- La découverte du vivre ensemble, de l’inter-être

La question du choix nous a amenés à faire évoluer notre pensée sur la notion d’inter-être (ce sujet nécessiterait plusieurs articles à lui tout seul).

  • Choisir sa vie… Le peut-on vraiment en toutes situations?
  • Choisir pour soi… oui, mais quand le soi est bloqué, effacé par les peurs et les croyances qui dirigent nos comportements, nos pensées et nos actes ?
  • Choisir pour soi peut avoir une conséquence sur une autre personne.. Est-ce que mon choix empiète sur la liberté, l’espace, l’intégrité de l’autre ??
  • Etc..

L’inter-être, c’est vraiment un gros champ d’expérimentations pour nous et qui le sera, nous le souhaitons, encore certainement longtemps !  «Comment pouvons-nous vivre ensemble, en groupe, en respectant les besoins, limites de chacun… dans le respect et l’épanouissement de tous ?» «Tu es aussi important que moi ». Est-ce que pour mieux vivre ensemble, pour plus d’harmonie, nous avons besoin de nouvelles ressources ? De nouvelles règles ?»

Cela a ramené l’écoute profonde, l’empathie, le lâcher-prise au cœur de nos relations… et cela fait beaucoup de bien à ma partie anxieuse ! 🙂 Nous sommes sans cesse en évolution, la vie c’est le mouvement, le changement. Nous aurons sans cesse besoin d’ajuster, d’inventer, d’adapter notre façon de « relationer » avec l’autre; que ce soit mon enfant, mon conjoint, mon ami, etc. Nous gagnons vraiment à nous adapter au rythme de l’évolution de chacun, à surfer sur les vagues de la vie !

6- Une nouvelle socialisation

Nous vivons vraiment dans un système qui nous met dans des cases, qui nous regroupe par groupe de personnes du même âge, de la même catégorie sociale, de le même culture, origine, etc.

Et pourtant il y a tellement de choses qui nous rassemblent, nous regroupent, nous lient ! Lors de notre expérience de l’Instruction en Famille, nous avons pu assister à de superbes échanges, à la transmission et au soutien entre enfants d’âges très différents :

Nos filles ont rencontrés et interagis avec des personnes d’horizons et d’âges très variés. Elles ont maintenant plusieurs nouvelles « amies mamies » avec qui elles discutent de tout et n’importe quoi. Elles se sont aussi fait de nouveau « potes » : quelques jeunes adolescents du quartier, qui leur apprennent à faire du skate et du roller.

En IEF, les enfants côtoient beaucoup plus les parents des copains/copines, qui leur offre une nouvelle vision de la vie, de la parentalité, qui leur font découvrir leurs talents, etc.

Ce fut vraiment une période riche de rencontres et d’échanges… Merci à tous ceux qui ont croisé notre chemin, et à ceux qui sont encore là !

7- Nous pouvons sortir du moule…

Le débat sur la question de choix revient ici… surtout avec les dernières lois votées concernant l’IEF.

Mais à l’heure où j’écris ces lignes, l’école n’est toujours pas obligatoire, c’est l’instruction qui l’est. « Nous ne sommes pas obligés, de rester dans un système qui ne nous convient pas. Où l’on se sent étouffé, perdu, apeuré… Nous ne sommes pas obligés de subir une situation, un événement, une personne, si cela prend trop de place dans notre vie »

En déscolarisant les filles, nous nous sommes sentis enfin en cohérence avec nos croyances, avec notre vision des choses et notre nouvelle philosophie de vie !

Les Points Négatifs que nous retirons de cette expérience :

Car comme dans toute expérience, il y a du positif… mais aussi du négatif :

1- Notre épuisement parental !

Malgré notre répartition du temps pour s’occuper des filles, malgré notre soirée hebdomadaire Yoga (pour moi) et Jujustu (pour olivier), et malgré nos quelques sorties en solo avec des amis… nous avons, au bout de 2 mois, fini par ressentir un épuisement général.

Nous nous sommes vite rendu compte, que notre besoin était certes de nous impliquer beaucoup plus qu’auparavant dans l’instruction de nos enfants… mais que nous avions également profondément besoin de temps pour nous. Même si c’est le fait de travailler à la maison qui nous a permis de vivre cette belle expérience, il était parfois compliqué d’entendre, sur nos jours de travail, les rires ou les cris des filles dans la pièce d’à côté…

Épuisés par le rythme intense des journées, nous n’avions souvent plus le courage de bosser en soirée comme nous pouvions le faire avant, accumulant parfois du retard dans nos urgences, dans nos engagements, ce qui a pu engendrer beaucoup de stress et de remise en question.

(Pour la blague 😉 ):ob_cada97_maman-fatiguee-maman-fessee-frappe-s

2- Déséquilibre dans la relation

Est-ce que le choix, que je fais pour satisfaire mon besoin, mon envie… respecte la liberté, l’espace et l’intégrité de l’autre personne en face de moi ?

Je vous l’avais dit, c’est vraiment une des grandes questions à laquelle nous aimons réfléchir en famille actuellement. Emportés par la joie d’être ensemble, de vivre ces moments de vie si riche, de se lancer dans la découverte de nouveaux apprentissages… nous nous sommes encore une fois un peu oublié Olivier et moi.

À force de répondre sans cesse aux multiples demandes des filles, et portants maintenant ces casquettes « d’instructeurs » (qui pouvaient parfois nous sembler très lourdes à porter, dans les moments où nos peurs nous rattrapaient), un vrai déséquilibre s’est installé dans notre relation.

Surtout avec notre fille aînée, Lou, qui est une enfant très énergique, pleine de vie et d’envies, très sensible, très émotive et surtout… très demandeuse !

Ce n’est ni une qualité, ni un défaut, juste un fait. Nous étions, enfant, tous les deux comme elle… et nous le sommes parfois encore 😉

Nous n’avions posé aucun cadre, oublié toutes routines… et quand nous nous sommes rendu compte que la grosse part de liberté que nous leur offrions venait empiéter sur la notre, nous avons du rectifier.

OK, nous avons choisi de vivre l’IEF, mais avions-nous choisi de répondre positivement à toutes leurs demandes (même aussi instructives qu’elles puissent être), en s’oubliant et en s’épuisant complètement ? Tous les jours, de 7h30 à22-22h30 ?

Cette période d’adaptation et de compréhension de : « Je ne peux pas faire ce que je veux tout le temps parce que mes parents n’ont pas envie d’aller à la plage aujourd’hui », fut intense et éprouvante… En tout cas, cette nouvelle expérience nous aura confirmés et permis d’intégrer un peu plus, que le cadre et les règles ont une utilité majeure : celle de permettre l’harmonie, l’équilibre dans les échanges, dans la relation.

3- La difficulté de leur offrir des journées sans nous… et de s’offrir des journées sans elles

Après les premiers temps de réparation où notre priorité à tous était de nourrir nos liens d’attachements, nous avons vite ressenti (aussi bien elles que nous) ce besoin de ne pas être tout le temps ensemble.

Lou réclamait de ne pas être tout le temps avec sa sœur… Lili de passer plus de temps seule avec ses copains, etc.

Sachant que nous laissions le choix à chacune d’elles de retourner dans une école classique, elles ont préférées rester en IEF, mais elles se sentaient quand même parfois oppressées par cette situation.

Nous pensons sincèrement qu’un enfant « devrait être élevé par une communauté, pour un maximum d’ouverture, de soutien et d’enrichissement »… mais l’IEF n’a pas répondu à ce besoin, en tout cas dans notre expérience, comme nous l’avions mis en place, et surtout comme nous le pouvions (la loi française interdisant le regroupement familial pour l’instruction des enfants).

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Voilà pour ce petit retour sur notre expérience et nos premiers pas en IEF… Nos plus et nos moins, qui n’appartiennent qu’à nous bien évidemment !

Alors que nous pensions continuer sur ce mode d’instruction, qui malgré ses points négatifs nous convient plus que l’école traditionnelle, nous avons eu la joie de rencontrer un groupe de parents dynamiques, porteurs d’un projet d’école nouvelle.

C’était plus qu’un projet d’ailleurs... ils avaient déjà trouvé un « local » pour l’école, et étaient suivis par “la référente pédagogique rêvée” !

Dans notre prochain article, vous en saurez plus sur cette association de parents que nous avons eu la joie d’intégrer… et sur cette nouvelle aventure de création d'une école alternative, qui aura bien évidemment elle aussi ses plus et ses moins !!!

Eh oui, c’est dur de nous suivre parfois... C’est notre côté enfant énergique et passionné qui ressort !

À très vite

Camille

PS : Par contre, nous avons toujours dit à nos enfants que nous ne pourrions jamais porter la casquette “instructeur en orthographe”… 🙂

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3 Comments

  • Louisette

    Reply Reply 15 décembre 2016

    Très intéressant, merci.

    Seule avec ma fille, je rêve parfois d’une autre école, et j’ai la chance d’en avoir quelques unes autour de chez nous (à Bruxelles). Mais financièrement… ça reste trop lourd à assumer. De plus elle a des difficultés (peut-être dysphasique), et je dois avant tout trouver des solutions pour l’accompagner sur cela. Je crois qu’elle aurait besoin d’une tout petite échelle de classe, peu bruyante, peu d’élèves, avec bcp d’encadrement… et beaucoup de liberté !

    Et moi je manque terriblement de patience ! Et je suis bien trop « engagée » pour l’aider au mieux sans m’imisser dans son apprentissage.

    Alors chapeau d’avoir relevé le défi.

  • Solenne

    Reply Reply 15 décembre 2016

    Merci beaucoup, Camille, pour ce retour d’expérience très complet. Les points négatifs que tu soulèves sont exactement ceux qui m’effraient (ainsi que les débordements émotionnels ^^).

  • Elisabeth

    Reply Reply 31 décembre 2016

    Merci pour ce témoignage sincère. Je rêvais de faire l’instruction en famille, mais après 1 an j’ai craqué et les enfants ont repris le chemin de l’école. Il est vrai que le système français ne permet pas de se retrouver et de partager des savoir mais je suis sur qu’il y a des moyens de se retrouver par le biais de club de lecture, dessins ou journal mais ça demande une énergie folle.
    Je vous souhaite de réussir !!! Bon courage à vous 4.
    Et bonne année.
    Elisabeth

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