Ces écoles qui rendent nos enfants heureux

Cette semaine, Laura NICOLAS du blog Ma Petite Forêt, qui forme et informe les enseignants et les parents sur la pédagogie par la nature et les écoles-forêt, nous partage sa lecture commentée du livre “Ces écoles qui rendent nos enfants heureux-Pédagogies et méthodes pour éduquer à la joie” d’Antonella Verdiani paru en 2012. “Tous Dehors en Forêt!” va devenir votre slogan à vous aussi !

Des habitudes éducatives nocives

« Quand je suis allé à l’école, ils m’ont demandé

Ce que je voulais être quand je serai grand.

J’ai écrit « heureux ».

Ils m’ont dit que je n’avais pas compris la question.

J’ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie. »

John Lennon

Qui décrète que l’on est (ou pire, que l’on naît !) « bon élève » ? A partir de quoi décide-t-on de la « réussite » d’un enfant ? Quelles compétences et habiletés juge-t-on pour définir le succès d’un élève ou d’un étudiant ? Et, finalement, en quoi l’école contribue-t-elle à notre bonheur ?

Partons du principe qu’une belle vie est celle où chacun peut réaliser ses rêves. Le premier obstacle, relevé par A. Verdiani, est celui de la représentation collective de ce qu’est « la réussite ». En effet, elle est presque toujours associée à « bons résultats » (sous-entendu « scolaires »). Et ces bons résultats sont ceux, uniformes et homogènes, qui sont attendus par l’institution. On est donc déjà dans un paradoxe, où l’individu doit – pour qu’on lui reconnaisse le « droit » de poursuivre ses rêves – être évalué par des critères attribués au collectif. Impossible, dans ses conditions, de laisser sa personnalité s’exprimer. Si l’enfant adopte cette démarche, alors il est classé dans la catégorie « différent ». Les « bons élèves » étant généralement ceux qui ne posent pas de problèmes, la différence renvoie à une représentation négative.

Vient ensuite la question du sens que l’élève veut donner à sa vie. On lui demande de regarder en-dehors de lui, vers le monde extérieur (si tu fais tel métier, c’est actuellement un bon débouché). On ne lui pose pas la question inverse, qui est la seule qui puisse créer du sens : celle qui porte sur ses motivations profondes, intérieures (qu’est-ce que toi tu veux faire ?). Nulle surprise que la focalisation portée aux débouchés sociaux – donc collectifs – atténue toute dimension individuelle. Pour arriver à B, il faut passer par telle et telle étape, souvent laborieuse. On ne pose pas la question du A (d’où part l’enfant ?).

Certaines écoles posent d’entrée de jeu la question du développement individuel de l’enfant, celle du bonheur et celle de la joie quotidienne, envisagée à la fois comme le but de la vie et un mode de vie quotidien.

Ces écoles sont appelées « alternatives ».

Les écoles qui rendent les enfants heureux

L’usage du terme « alternatif » renvoie à leur différence (leur « altérité », tout du moins) par rapport au système éducatif premier et encouragé par les états. Il signifie aussi, très explicitement, qu’il n’existe pas de méthodes éducatives alternatives au sein de l’éducation nationale. Dans la réalité, bien entendu, si les écoles dites alternatives restent privées, hors ou sous-contrat avec l’état, de très nombreux enseignants en poste dans le public intègrent des méthodes dites « alternatives » dans leur pédagogie quotidienne. Pourquoi une telle lenteur dans l’intégration institutionnelle de ces pédagogies ? Pas assez de mobilisation citoyenne en faveur de cette intégration et une communication médiatique pas assez bien rodée, certainement. Mais surtout la volonté politique de ne pas substituer au modèle dominant un système qui fabrique des citoyens critiques et actifs[1].

Quelles sont donc ces méthodes si « différentes » ?

D’abord, demandons-nous ce que le terme « écoles alternatives » regroupe.

  • Viennent en tête de liste les mouvements éducatifs Freinet, Montessori et Steiner-Waldorf, encore nommées « pédagogies nouvelles » (alors qu’elles sont plus que centenaires !).
  • Puis les autres types d’écoles, en constante augmentation en France et dans le monde :
    • Le modèle scandinave
    • L’éducation démocratique
    • L’éducation lente
    • L’école à la maison
  • Je rajoute à la liste un mouvement encore peu connu en France à l’époque où A. Verdiani écrit ce livre : celui de la « pédagogie par la nature » ou « écoles du Dehors » ou « écoles-forêt », issu à la fois du modèle scandinave cité plus haut et des « forest schools » anglaises. Pour en savoir plus sur cette pédagogie, voyez « Qu’est-ce qu’une école-forêt », « Les 6 principes de l’école-forêt» ou « Qu’est-ce que la pédagogie par la nature ».

Points communs des écoles qui rendent les enfants heureux

« Elles aident enfants, parents et enseignants à expérimenter au quotidien la reliance, la transdisciplinarité, la complexité, l’innovation, l’incertitude ou la vision intégrale, des concepts modernes qui constituent l’originalité et la force d’impact de ces méthodes dans des sociétés et cultures différentes » (A.Verdiani, page 55).

Voyons de plus près ces valeurs et notions communes :

  • La reliance. L’origine du mot « joie » est de langue sanskrite (« yuj ») et il signifie « unir l’âme individuelle avec l’esprit universel ». La reliance est la création et le résultat de toute démarche visant à renforcer ce lien entre le for intérieur de l’individu et le monde qui l’entoure. Etre connecté au monde[2]. De nature « ésotérique » (c’est-à-dire, étymologiquement « caché », puisque la reliance ne se voit effectivement pas à l’œil nu), elle prend un sens très concret dans l’éducation. En effet, la joie – cet élan vital de l’humain – se ressent très fort lorsqu’on se sent en adéquation avec ce qui nous entoure. Les activités mises en place (ludiques, réflexives, en nature, philosophiques, etc.) visent toutes à renforcer le lien entre l’enfant et le monde. On peut dès lors parler d’une « spiritualité laïque » où « spiritualité » renvoie aux ressentis et questionnement sur le sens de l’existence.
  • La transdisciplinarité. A tous les niveaux de la société – de l’entreprise à l’université en passant par l’administration publique – tout est « éclaté ». Les savoirs sont rangés par « discipline » (en cours de français, on fait du français et exclusivement du français). Les étudiants se sur-spécialisent dans un domaine. A l’inverse, les écoles dites alternatives visent un développement intégral, holistique et transdisciplinaire de l’individu. Pendant qu’on fait des maths, par exemple, on exerce des compétences manuelles, motrices, relationnelles. Rien n’est scindé, tout est mis en lien.
  • L’innovation. Ces écoles sont de véritables fabriques d’individus innovants et créatifs parce qu’elles sont elles-mêmes en constante évolution. Mais elles font également ce que l’on appelle de la « novation », c’est-à-dire une forme de « désobéissance locale porteuse d’un potentiel de transgression et de rupture avec le système qui l’a produite » (page 62). S’affranchir des règles imposées amène une liberté toute créative, même si cette démarche peut faire peur aux parents et enseignants !
  • L’incertitude. Il s’agit là d’une notion assez étrangère à notre culture occidentale qui est assez manichéen : c’est bien ou c’est mal. C’est réussi ou c’est raté. A l’inverse, les écoles rendent les enfants heureux en valorisant les zones d’ombre, en brisant l’insécurité relative aux choses que l’on ne comprend pas ou que l’on ne maîtrise pas. Pour ma part, je rapproche cette notion de celle de « flexibilité », où enseignants, parents et enfants apprivoisent l’imprévu et l’incertain pour en faire des occasions d’apprentissage de la vie !
  • Planter là où c’est fertile. Les pédagogies alternatives empruntent à un autre domaine fertile, celui de la permaculture. Cette démarche recommande de toujours partir de l’existant et d’agir en conséquence: on plantera un arbre à l’endroit où nous avons vu que ses congénères poussaient bien. Ou bien, on le plantera à côté de ses espèces alliées. On fait « à partir de » et « en fonction de ». Transposés à l’échelle humaine, ces principes font qu’on ne forcera pas un enfant passionné de lecture à faire des maths s’il n’en ressent ni envie ni besoin. La joie d’apprendre et de progresser dans ce qu’ils aiment faire fait que les enfants finissent par exceller dans le domaine qui les passionne.

Pour en savoir plus sur les nombreux apports de la permaculture humaine.

Exemples d’écoles qui rendent les enfants heureux

Verdiani dédie l’avant-dernière partie de son livre à la description et à l’analyse de projets éducatifs passionnants qui mettent en pratique les valeurs et notions listées ci-dessus. Voici les liens vers les « expériences d’éducation à la joie » qu’elle décrit :

Pour vous informer davantage sur les différentes pédagogies, A.Verdiani recommande de suivre 4 étapes :

  • S’informer (connaître les droits des parents, enseignants et enfants, rejoindre une association de parents d’élèves ou une école en famille, créer sa propre école, consulter des exemples d’éducation alternative, etc.)
  • Se relier et partager (rejoindre les réseaux, consulter les appels, les chartes, les rencontres internationales, etc.)
  • Se former (consultez les sites du GFEN, de l’OCCE, de l’ICEM, de la FIMEM, Graine d’école, et les sites spécialisés dans certaines activités (CNV, yoga, méditation, etc.)
  • Innover (consultez le CRAP, le CIEP, IFE, la FESPI, etc.)

Conclusion

Sur près de 12,4 millions d’élèves scolarisés dans l’Education nationale, seulement 85 000 sont scolarisés en établissements dits « différents ». C’est beaucoup, mais c’est peu, selon A. Verdiani[3]. La posture adéquate, selon elle, est d’abandonner la critique adressée aux enseignants (par les parents) ou aux parents et élèves (par les enseignants). Parce que, pendant ce temps-là, on ne change pas les choses. Or, elle insiste : « Soyons les créateurs de cette nouvelle éducation » (page 180). Il s’agit d’abord « d’imaginer nos écoles comme des lieux où le bonheur et le bien-être sont possibles grâce à nous » et de proposer des changements, même minimes, même très progressifs. Au préalable, il s’agit, d’abord, de dépasser nos propres réticences et la peur de se lancer dans l’aventure : « A vous d’inventer [votre réponse], la seule condition nécessaire à ce changement étant notre disponibilité à changer » (page 182).

En bref,

A l’heure où nous sommes soumis à d’étranges fluctuations sociales (confinement, conditions de travail et d’études bouleversées, etc.), je ne peux que recommander à tous les lecteurs de Super Parents de lire « Ces écoles qui rendent nos enfants heureux ». Très bien documenté et écrit dans un style enjoué, ce livre est une source d’inspiration magistrale pour chacun.e d’entre nous qui souhaite, à son niveau, à sa place, « humaniser » les pratiques éducatives destinées à nos enfants.

[1] Voir Marie-Laure VIAUD « Montessori, Freinet, Steiner…une école différente pour mon enfant ? », 2008

[2] Voir le magnifique documentaire « L’autre connexion » qui montre concrètement comment la reliance s’effectue au sein de et par la nature.

[3] Les chiffres avancés par l’auteure sont de 20 000 élèves scolarisés en « école différente », selon le sondage cité par Marie-Laure Viaud en 2008. Soit une augmentation de plus de 400% d’élèves scolarisés en établissement alternatif sur les 12 dernières années. Un signe qui ne trompe pas sur le rejet, par les parents, de l’éducation telle qu’elle est exercée au sein de l’éducation publique.

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1 Comment

  • Antonella

    Reply Reply 3 février 2021

    Merci Laure de ce résumé assez complet! Depuis la rédaction de ce livre en 2012, beaucoup d’écoles et de projets éducatifs ont vue le jour, y compris en France. Par exemple tout le réseau des Écoles démocratiques s’est considérablement étendu et plein de lieux éducatifs (qu’on ne peut pas appeler “écoles” dans le signification courante) ont vu le jour. Aussi, le phénomène des Forest school est apparu dans beaucoup de pays occidentaux, comme un besoin de revenir aux fondamentaux de notre humanité perdue, à la recherche du sens de l’existence, en connexion avec le Vivant, ce que les enfants n’ont pas perdu!

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