Les apprentissages informels, bons pour les enfants comme pour les parents !

Cette semaine, nous laissons la parole à Aline, une maman qui a fait le choix de l’instruction en famille et plus précisément le choix des apprentissages informels. Elle nous livre un précieux témoignage sur un sujet encore bien méconnu en France.

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Dans notre famille, nous avons fait le choix des apprentissages informels. Nos enfants apprennent dans le plaisir, à leur rythme et ce qu’ils ont envie d’apprendre. Cela se fait de manière très naturelle sans qu’on ait décidé pour eux ce qu’ils devaient savoir à tel ou tel âge.

Après 3 ans de plaisirs partagés en famille, je me suis rendue compte à quel point les apprentissages informels m’avaient fait du bien à moi aussi et à quel point observer des enfants heureux et libres pouvait permettre de grandir soi-même.

Qu’est-ce que les apprentissages informels?

Si vous avez vu le film « Être et devenir » de Clara Bellar, vous avez déjà une bonne idée de ce que sont les apprentissages informels.

Si ce n’est pas le cas, voici quelques fondamentaux de ce qu’on appelle « les apprentissages informels »:

  • aller au rythme de l’enfant (si à 8 ans, l’enfant ne s’intéresse pas (encore) à la lecture, on ne s’affole pas!)
  • ne pas classer les apprentissages par ordre d’importance. On accepte que TOUS les apprentissages ont leur importance.
  • les apprentissages fondamentaux (mathématiques; français…) se font naturellement au fil de différentes activités (cuisine, rencontre entre amis, sortie en ville…) sans que des activités ne leur soient spécifiquement consacrées. (sauf si cela est à la demande de l’enfant)

Pour que les apprentissages informels fonctionnent, il faut offrir aux enfants un environnement riche.

  • On garde sa porte grande ouverte sur toutes les nouveautés que la vie peut nous offrir.
  • On va à la rencontre des gens, des groupes de tous âges et de tous les milieux.
  • Les parents ont le rôle d’accompagnants, ils se tiennent à l’affût des centres d’intérêt des enfants et tentent de nourrir ces centres d’intérêt du mieux qu’ils le peuvent.
  • Les parents poursuivent leurs propres apprentissages informels en restant curieux et heureux d’apprendre de nouvelles choses.

Grâce à mon expérience en tant que professeur et grâce à mes lectures, j’ai été rapidement convaincue que chaque personne est dotée de compétences spécifiques.

Une fois ces compétences nourries, la personne sera épanouie et brillera de tout son éclat. Elle pourra alors apporter quelque chose de fort au monde.

Si ces compétences sont niées et dénigrées, la personne s’éteindra à petit feu et ce sera d’autant plus dur pour elle, une fois devenue adulte, de savoir ce qui la fait réellement vibrer.

Les apprentissages informels m’ont de suite parlé car ils s’appuient sur les points forts des enfants pour les faire fructifier.

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  • Observer ses enfants

Afin de pouvoir nourrir les passions de ses enfants, il faut avant tout les observer. Seule l’observation permet de bien comprendre son enfant et de le découvrir jour après jour.

Au début, il est parfois difficile d’observer sans juger. Si un enfant se passionne pour les armes à feu dans une famille de fervents pacifistes, ce sera d’autant plus dur pour les parents de ne pas intervenir et de ne pas émettre de jugement face à l’engouement de leur fils pour les armes en plastique.

Or, il n’y a qu’en omettant tout jugement que la magie peut opérer.

Être un simple observateur n’est donc pas si facile.

Une des premières grandes passions de notre fils fut… le nucléaire. Il disait qu’il deviendrait ingénieur nucléaire, gloups, nous sommes des parents plutôt écolo et ce n’était pas toujours facile d’accepter que notre fils déclare haut et fort ses ambitions. Malgré tout, nous l’avons laissé explorer ce sujet, allant même jusqu’à l’emmener au Visiatome ou dans des expositions sur les énergies. Il a regardé des tas d’émissions sur le nucléaire, sur la radioactivité, sur la catastrophe de Tchernobyl… des émissions que personnellement, je n’aurais pas pensé proposer à un enfant de 7 ans! Et puis un beau jour, je l’ai vu aller de lui-même à un stand anti-nucléaire et s’acheter un badge « Nucléaire ? Non merci ! » qu’il a porté durant des semaines.

J’ai compris alors que ce qui le passionnait, c’était la physique et j’ai pu nourrir cette passion grâce à d’autres sujets que le nucléaire. (ouf!)

Nos enfants prennent des chemins parfois très tortueux pour découvrir ce qui les fait vibrer, à chaque fois qu’on se place sur leur chemin en émettant des jugements, on leur rend la tâche plus ardue.

 

  • Comment nourrir les passions de nos enfants?

Au fil des années, on voit se dessiner des grands centres d’intérêt. Il faut tout faire pour les nourrir un maximum car ils permettront vraiment à l’enfant de trouver sa voie.

Mais il faut aussi laisser une grande place à tout le reste: aux jeux, aux rencontres, aux rires, à la spontanéité, à la nature car ils comblent des besoins essentiels de connexion et de partage.

Certaines passions sont plus faciles à nourrir que d’autres: si votre enfant se passionne pour le dessin ou les dinosaures, vous allez pouvoir lui apporter beaucoup de matières sur lesquelles il va pouvoir s’appuyer pour aller plus loin. Si votre enfant s’intéresse à la dentisterie, comme notre second fils, ça complique un peu les choses mais les enfants savent trouver d’eux-mêmes de quoi nourrir leur passion. Notre fils explore par exemple les dents des poissons que l’on achète avant qu’on les cuisine, il a su devenir l’ami de son dentiste et il pose des questions qui nous permettent d’aller plus loin avec lui. On peut d’ailleurs faire confiance aux enfants: ils ne lâchent pas si facilement un sujet qui les passionne!

Enfin, il arrive un âge où il est plus difficile de nourrir par nous-mêmes les passions de nos enfants. Il nous faut alors créer des connexions.

Notre fils aîné a désormais 10 ans, sa passion pour les sciences et les techniques n’a fait que croître et je ne me sens plus en mesure de la nourrir par moi-même. Soyons honnête, ces sujets ne me passionnent pas suffisamment pour que je puisse converser avec lui de manière intelligente plus de 2 minutes sur la fusion thermonucléaire ou les moteurs à injection…

Je me contente donc de créer des connexions pour lui afin qu’il puisse trouver des ressources dans son environnement.

Ces connexions peuvent prendre des formes très variées: atelier dans un musée ; rencontre hebdomadaire avec un ingénieur à la retraite grâce au SEL (Système d’Échanges Locaux) ; visite d’un FabLab ; présentation d’un magazine scientifique ; leçons de mécanique dans un garage solidaire ; atelier de menuiserie…etc… Notre mission est de lui trouver des personnes ressources vers qui il puisse se diriger pour apprendre auprès d’elles.

J’avoue que nous restons toujours en éveil et quand nous percevons une opportunité, nous sautons sur l’occasion!

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  • Et qu’en est-il des apprentissages fondamentaux?

Les apprentissages informels nous ont permis de vivre par l’expérience les bénéfices de l’enthousiasme et de la passion. N’est-ce pas un apprentissage fondamental?

Pour rester réaliste, mon aîné n’a pas du tout un niveau « suffisant » scolairement parlant en ce qui concerne les mathématiques et le français. Mais pour moi, ce n’est pas un problème (c’est un peu plus difficile pour le papa) car je perçois bien qu’il développe ses capacités en mathématiques, lecture et écriture doucement, à son rythme, mais de manière très solide. Alors, après tout, en quoi cela le gênera-t-il plus tard? Il finira bien par savoir lire, écrire et compter, qu’importe si cela lui aura demandé un peu plus de temps qu’aux autres enfants.

S’il a fait ces apprentissages dans le plaisir et à son rythme, je suis convaincue que ses connaissances seront solides et l’aideront vraiment à avancer dans la vie. Quand je vois à quel point les apprentissages se font seuls sans qu’on intervienne en quoi que ce soit, je suis pleine de confiance. Mon aîné a par exemple compris le principe de multiplication, seul, au milieu d’une châtaigneraie devant tous ces grands arbres alignés…

 

Et moi dans tout ça?

Quand on s’intéresse au différentes manières d’instruire ses enfants, on se demande souvent ce que tel ou tel mode d’instruction va leur apporter. Mais une autre question intéressante à se poser, c’est:

qu’est-ce que ce mode d’instruction m’apportera à moi en tant que parent?

Je vous livre donc ici, ce que j’ai appris en étant ainsi accompagnée au quotidien par mes enfants.

 

  • Nourrir ses propres passions

Oui, mes enfants m’ont montré le chemin vers une autre vie possible. Une vie de passionné, une vie d’enthousiasme où chaque moment est consacré à quelque chose qui nous transporte. Une vie joyeuse, sereine et pleine de petits bonheurs au quotidien.

Et je me suis aussi rendue compte grâce à eux, qu’il était grand temps que je me mette à l’écoute de ma petite fille intérieure. Il était temps que je m’offre toute mon attention, que je me permette de développer mes passions, mes centres d’intérêt.

J’ai en effet réalisé que si j’accordais autant d’importance à ce que mes enfants puissent être connectés à ce qui les anime vraiment, c’était sans doute dû à une souffrance en moi. Mes centres d’intérêt avait été tellement dévalorisés quand j’étais petite fille (car ils ne correspondaient pas au standard d’une certaine élite intellectuelle) que j’avais fini par les enfouir au plus profond de moi jusqu’à les oublier.

 

  • Vivre une vie de passionnée

J’ai d’abord réappris à être créative, j’ai tâtonné, j’ai essayé plusieurs ateliers mais au final, c’est le tricot et la confection de doudous qui m’ont le plus passionnée! J’ai donc commencé à accorder de plus en plus de temps à ces nouvelles passions.

Puis après avoir repris le travail un an, j’ai su qu’il me fallait mettre ma passion au cœur de ma vie. Car c’est chouette de le souhaiter pour ses enfants mais c’est particulièrement palpitant de le mettre en place pour soi-même, et ce, même si on a 35, 40 ou 60 ans!

Maintenant je blogue sur le tricot car j’ai envie de transmettre ma passion et d’offrir un contenu accessible pour que tous ceux qui ont une attirance pour le fil et les aiguilles puissent apprendre à tricoter en toute simplicité.

Je ne sais pas où me mènera cette passion dévorante mais je suis confiante et c’est tellement bon de se sentir alignée.

Je remercie la Vie et mes deux enfants d’avoir su me remettre sur le chemin de la connexion entre mes passions et moi-même. En accompagnant ses enfants dans la bienveillance, on s’autorise à s’accompagner dans la bienveillance soi-même. Et il n’y a pas d’âge pour plonger dans les apprentissages informels et pour trouver sa voie !

N’hésitez pas à me poser des questions dans les commentaires sur mon expérience des apprentissages informels. Et si vous voulez vous (re)mettre au tricot, faites un tour sur mon blog: www.le-blog-tricot.com, je serai ravie de vous y accueillir !

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7 Comments

  • Annie Ricque

    Reply Reply 22 décembre 2016

    un superbe article, qui laisse libre cours aux idées et passions que nous devrions tous exploiter pour être plus heureux et compréhensif

    • Aline du blog tricot

      Reply Reply 23 décembre 2016

      Merci Annie, effectivement les passions sont d’un immense soutien pour tous les apprentissages, je me suis rendue compte qu’en les nourrissant, on se simplifie la vie car les personnes ainsi nourries sont épanouies, heureuses et inspirantes!

  • Violaine

    Reply Reply 22 décembre 2016

    Bravo Aline, magnifique article qui donnerait bien envie de s’y mettre… ! Quel courage ! Personnellement, je ne pense pas pouvoir faire l’instruction en famille, mais j’admire ceux qui le font. Ces apprentissages informels sont tellement importants pour développer nos intelligences multiples et je regrette en effet que dans l’éducation nationale, l’intelligence logico-mathématique et verbo-linguistisque soient tellement valorisées au détriment des 6 autres…. Bel route à toi et ta famille. Et bonne chance pour ton blog tricot 😉

    • aline

      Reply Reply 24 décembre 2016

      Merci Violaine, effectivement avant de nous lancer dans cette aventure, j’ai fréquenté des familles pratiquant l’instruction en famille… ça me donnait toujours très envie et un jour, on a franchi le pas et on ne regrette pas 😉 Je suis tout à fait d’accord avec toi sur la question des intelligences multiples… Pour nous, l’instruction en famille nous a aussi permis d’accompagner deux enfants considérés comme « dys » en leur permettant de garder une grande confiance en eux.

  • Alexandra

    Reply Reply 28 décembre 2016

    Merci Aline pour ce magnifique article. Mon fils a aussi compris les multiplications lors de la visite du musée de Toulouse-Lautrec à Albi. Il n’était pas intéressé par les tableaux mais par le mur en briquettes bien alignées. Envie de savoir combien il y a avait de briques. Je le voyais raisonner dans sa tête, cogiter. C’est superbe!

    Quant à mes bénéfices perso, c’est sans aucun doute une forme de lâcher prise liée à la confiance que j’accorde à mes enfants! Pas toujours facile en réalité. Plus je lâche, plus je leur fait confiance et plus ils ont confiance !
    Les apprentissages autonomes et informels sont maintenant validés par les neurosciences et quelques rares écoles les favorisent. C’est le cas à La Ferme des Enfants, école créée par Sophie Rabhi.
    http://parents-heureux-enfants-heureux.com/sophie-rabhi-montessori-bienveillance-apprentissages-informels-des-enfants-libres-et-panouis/

    • aline

      Reply Reply 29 décembre 2016

      Merci Alexandra pour ton partage d’expériences. Effectivement, c’est un vrai plaisir que d’assister jour après jour aux apprentissages naturels de nos enfants. Et c’est vrai que le lâcher prise est essentiel, en faisant pleinement confiance aux enfants, on leur permet de s’épanouir totalement.

  • Caroline Muller

    Reply Reply 14 octobre 2017

    Bonjour et merci

    Encore un article qui arrive sur ma route au moment où je me questionne…

    Tic tac tic tac… dans un an mon p’tit gars devra aller à l’école ; ou non !!!
    Je me porte de plus en plus vers les apprentissages autonomes/informels car ils correspondent avec mon évolution et ma vision globale de l’enfant et de ses besoins.
    Une fois que l’on découvre André Stern, je pense qu on ne peux plus faire marche arrière… 😉

    Il me reste un an, pour prendre ma décision en toute conscience (mes capacités, mon organisation, l’environnement) et il me reste beaucoup moins de temps pour commencer à en parler au papa qui est pour le moment TRES loin de tout cela…

    J’aimerais vraiment pouvoir échanger avec vous, ce serait un vrai plaisir !!!

    Bien à vous

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