Préparer nos enfants à l’orientation scolaire

Bonjour, je suis Katell, psychologue et mère de deux adolescents, auteur du blog Secrets d’orientation, où j’aide les lycéens et les étudiants à construire leur avenir.

Je remercie Camille et Olivier de me donner une tribune, car ici je sais que je peux m’adresser à des parents très attentifs à l’avenir de leurs enfants.

Nous autres parents,  nous avons un rôle essentiel à jouer dans cette aventure. Mais comment faire? Nous ne sommes pas des spécialistes!

Les premiers choix d’orientation scolaire se posent vers la classe de 5e pour les enfants les plus en difficulté avec l’école, à partir de la classe de troisième pour les autres, puis en seconde et en Terminale. Beaucoup d’adolescents et de parents vivent mal ces moments d’incertitude. L’orientation de nos enfants nous confronte à la perspective de la séparation, à notre peur de l’échec et du chômage. A des perspectives financières pas toujours simples si jamais nous devons payer une école ou un logement à notre étudiant.
Est-il possible de préparer nos enfants à ces échéances bien avant qu’elles ne se posent?

Le système scolaire français est très directif. L’école n’éduque pas les élèves à l’orientation. Elle les amène à subir, avec plus ou moins de bonheur, les politiques publiques qui conduisent à trier les élèves à des étapes bien précises de leur scolarité. Vous en saurez plus à ce sujet dans cette video: Parcoursup, faut-il avoir peur de la sélection?

Devant cette situation, certains d’entre nous choisissent d’assurer eux-mêmes les apprentissages de leurs enfants, mais pour la majorité nous ne le pouvons pas.

Un des paradoxes de l’école est de prétendre à former les enfants et les adolescents à l’esprit critique, tout en leur refusant presque toute possibilité de choix et d’initiative dans la composition de leurs études.

Ils n’ont pas non plus la possibilité d’intervenir de manière efficace dans le fonctionnement de leurs établissements scolaires. Tout juste tolère t-on la présence de délégués de classes dans les conseils du même nom.

Pourtant une école assez sûre d’elle-même pour permettre à ses élèves de participer à son amélioration leur apporterait de grands bénéfices:

  • Elle s’adresserait à des sujets présumé responsables
  • Elle ferait confiance
  • Elle distribuerait de la reconnaissance
  • Elle encouragerait parce qu’elle saurait se remettre en question et ne se sentirait pas menacée par les difficultés rencontrées par les enfants.

Tout au moins pouvons nous mettre en œuvre les conditions d’une éducation bienveillante dans nos familles.

Nous pouvons apprendre à nos enfants, à la mesure de leurs capacités, à poser des choix.

Leur permettre de prendre de petites décisions dont la portée augmentera avec l’âge et l’autonomie. Le tout sous notre protection, de sorte que s’ils se trompent, ils ne courent pas grand risque.

L’inconvénient d’une telle éducation est qu’elle creuse un fossé entre ce que l’enfant vit à la maison et la manière dont il est considéré à l’école.

Il faudra donc leur expliquer, les aider à prendre du recul, pour qu’ils ne désinvestissent pas l’école ou qu’ils n’y mettent pas un bazar qui inéluctablement se retournera contre eux.

L’avantage est qu’en procédant ainsi, nous préparons nos enfants à décider pour eux-mêmes.

Concrètement, au quotidien, dès le plus jeune âge, cela passera par tous les éléments de choix possible. Pour un très jeune enfant il peut s’agir simplement de choisir entre le collant jaune et le collant rouge, quitte à ce que sa tenue soit un peu surprenante. Plus tard ce sera de convenir ensemble de l’organisation des devoirs et des loisirs. En résumé, il s’agirait de ne décider pour eux que lorsqu’ils ne peuvent vraiment pas donner un avis. Et dans ce dernier cas, nous pouvons les avertir des raisons de notre décision pour qu’ils ne se sentent pas ballotés comme un jouet au gré de nos envies

Au delà du style éducatif, nous pouvons aussi préparer nos enfants à l’orientation en les projetant dans l’avenir.

De plus en plus souvent nous pensons juste de dire à nos enfants: “Tu feras le métier que tu voudras plus tard. Ce qui compte pour moi c’est que tu sois heureux.”

Or cette phrase résonne comme un désengagement de notre part. “Fais ce que tu veux, je ne veux pas t’imposer quelque chose que tu pourrais ensuite me reprocher”. Certes, mais sans projection de son avenir par ses parents, un enfant aura plus de mal à choisir son orientation scolaire.

Imaginez vous comme une balise, un phare dans la nuit.

Votre enfant voit la direction que vous lui indiquez, peut-être aperçoit-il d’autres feux, plus loin, allumé par des personnes qui sont plus éloignées de lui. Grâce au feu qui brille tout près de lui il pourra s’autoriser à s’éloigner, à envisager d’autres routes, car il sait qu’il pourra toujours se repérer sur votre désir. Voilà pourquoi il ne faut pas s’interdire de rêver pour notre enfant de tel ou tel avenir, de lui faire remarquer ses aptitudes, ses centres d’intérêts et de désintérêt et de les relier à de possibles métiers. Si votre enfant a grandi avec la possibilité de poser ses choix, il ne sera pas gêné par vos propositions. Bien au contraire elles le rassureront. Il pourra déjà se dire qu’il a un avenir puisque vous êtes capable de l’imaginer grand, autonome, et loin de vous…

Ensuite nous pouvons aider nos enfants à mieux se connaître.

Sans tomber dans la suractivité, on peut leur proposer des expériences variées, voyager avec eux, mais aussi les faire voyager sans nous. Les laisser organiser eux-même une partie de leurs activités, gérer leurs déplacements, leurs achats. Leur enseigner la persévérance, par exemple en leur proposant des cours de musique. Encourager l’expérimentation, et tant pis si ça salit. Mais si c’est salissant, c’est eux qui nettoient! Là c’est la responsabilité qu’on leur enseigne

L’action permet de se découvrir, et tout autant les discussions sur les valeurs, les idéaux, les injustices. N’hésitons pas à leur partager notre vision du monde, à leur expliquer pourquoi nous avons construit nos vies de telle ou telle façon, y compris en assumant nos erreurs et nos contradictions.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des nécessités:

Pour que nos enfants soient aussi préparés que possible à l’orientation, nous avons à dompter nos propres peurs.

Un parent qui n’a pas confiance en lui à tendance à avoir peur pour ses enfants plus que de raison. En surprotégeant son fils ou sa fille il peut l’empêcher d’explorer ses possibilités. Un parent qui ne supporte pas les conflits, les désaccords est insécurisant. En effet pour être capable de défendre son point de vue, ou simplement de dire non à quelqu’un, il faut qu’on dire son refus ou sa colère sans crainte de perdre l’amour de l’autre.

Voilà quelques pistes par lesquelles nous autres parents pouvons préparer nos enfants à l’orientation scolaire. Pour que non seulement ils puissent affronter le plus sereinement possible l’incertitude de l’orientation. Mais aussi pour qu’ils aient suffisamment confiance en eux. Ainsi ils ne laisseront pas l’école et les politiques d’orientation décider de leur avenir sans eux. Je vous invite à visionner également cette vidéo d’André Stern qui n’a jamais fréquenté l’école, sans que cela ne lui ait posé de problème d’insertion sociale ni professionnelle; son témoignage est assez extraordinaire et inspirant.

Si vous avez des adolescents à la maison, vous pouvez bien sûr consulter mon blog, vous y trouverez d’autres pistes et un guide pour les lancer de manière constructive dans la réflexion sur leur avenir.

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1 Comment

  • Eirene

    Reply Reply 3 avril 2019

    Très intéressant. Et la vidéo m’a enlevé pas mal de croyances limitantes. Je viens d’une famille un peu fan de l’éducation formelle. Déjà l’IEF me faisait peur, mais alors là…
    Merci beaucoup!!

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