Les angoisses de la séparation – La colonie de vacances

Nous recevons aujourd’hui Samuel Bruet, auteur d’un blog sur l’animation dont l’objectif est de former des animateurs, de les perfectionner en techniques et méthodes d’animation et beaucoup d’autres choses.

Samuel, qui a une grande expérience de l’animation avec les enfants va nous parler d’un sujet qui vous touche peut être en cette période estivale : « L’inquiétude des parents au départ d’une colonie de vacance ». Nous lui laissons la parole :

 

En lisant cet article, des choses vont vous rassurer et d’autres vous angoisser, mais je tiens à être franc envers vous. Des solutions seront apportées pour palier à cette inquiétude, vous pouvez même directement aller voir « les conseils » à la fin de l’article mais lisez plutôt l’ensemble de l’article pour en saisir réellement le contexte. Evidemment, cela paraîtra évident pour certains parents mais en informerons d’autres

enfants colonie

1) L’arrivée.

Nombreux sont les parents dont j’ai pu lire une appréhension sur le visage, ressentir de la peur, verser une larme, prévenir 10 fois leurs enfants de ce à quoi ils devront faire attention pendant le séjour, poser des questions aux animateurs pour se rassurer etc…

Ceci est tout à fait normal sinon vous ne seriez pas des parents consciencieux et en train de lire ces lignes. J’annonce également un grand « BRAVO !! » aux parents prenant l’initiative d’inscrire leurs enfants en colonie de vacances qui pour moi est une étape incontestable dans sa vie sociale, sa confiance en lui, l’affirmation de sa personne, la connaissance de soi. Le tout en s’amusant avec les copains. C’est une « école de la vie ».

Cela paraît évident mais je vous laisse imaginer ce que je peux ressentir quand un parent m’amène l’enfant une heure et demie avant le départ en lui disant « pas de bagarre hein ! », pas un regard en partant, pas un bisou, rien. A la fin du séjour, ces gens se permettent d’arriver une heure en retard après avoir été appelé pour me dire « excusez-moi, j’avais oublié »… Oui messieurs-dames, moi aussi je serre les dents à ce moment là.

2) Les situations les plus fréquentes.

  • La maman pleure et ne veut pas laisser partir son enfant.
  • Une maman monopolise les animateurs pour le bombarder de questions afin de se rassurer.
  • L’enfant ne veut pas monter dans le bus ou le train.

3) Comment gérer la situation (même ordre d’exemple).

  • Je rassure la personne par ma maîtrise du milieu et du séjour.
  • Je réponds à la question sur un ton faisant comprendre que je n’ai pas que ça à faire. Un peu d’accord, beaucoup cela devient énervant.
  • Je commence à faire jouer les enfants entre eux.

Pourquoi agir de la sorte ?

La vérité est simple, votre enfant n’a peut être pas peur de partir. Il va être inquiet au départ, ce qui est normal mais cela passe très vite par le contact rassurant de l’animateur qui sera son référent adulte et des autres enfants à découvrir et avec qui s’amuser.

Il y a deux réponses dominantes :

1- Vous n’assumez pas votre démarche. C’est-à-dire que vous avez inscrit votre enfant mais que vous culpabilisez de l’avoir fait. Ce n’est donc pas lui qui a peur mais bien VOUS. Votre inquiétude sera-t-elle que votre enfant la ressentira jusqu’à lui faire perdre confiance et se sentir très mal à l’aise.

Pire, des enfants demandent à leurs parents d’aller en colonie mais ceux-ci les prive de cette richesse à vivre parce qu’ils ont peur. Parfois masqué sous un « c’est trop cher » même si cela s’avère véridique ou « on ira en famille ». Et combien le font ?

2- Votre enfant est surprotégé, il est tellement bien dans le cocon que vous lui avez construit qu’il est incapable de s’ouvrir à autre chose. Il se sentira en danger… Exemple : j’ai eu un enfant en classe de découverte qui pleurait parce qu’il avait perdu une étiquette qui marquait son linge, parce que sa mère ne l’avait pas appelé au moins 3 fois dans la journée, parce que son jeu de cartes était à lui donc impossible de le prêter aux camarades ou même pour jouer.

Voyez l’impact néfaste quand vous n’enseignez pas à votre enfant de penser par lui-même. Cet enfant au 7ème jour a arrêté de pleurer et à enfin vécu avec épanouissement son séjour. A ce moment là nous parlons autonomie pour votre enfant.

Voici alors ce que je vous conseille pour avoir une attitude positive pour le premier départ de votre enfant en colonie de vacances.

La méthode est simple.

  • Renseignez-vous sur l’organisme qui propose la colonie. Prenez connaissance du séjour sur le site. S’il n y en a pas, appelez l’organisme pour avoir le nom du gîte, le nombre d’enfants (je vous conseille une cinquantaine), le numéro du directeur (une semaine avant).
  • Aller voir le gîte sur google images s’il n’est pas présent sur le site de l’organisme. En 5-10 minutes, vous savez où votre enfant va aller, ce qu’il fera et avec qui.
  • Aller à la réunion parents-animateurs pour découvrir le directeur et les animateurs quand il y en a une. Voyez ce qu’ils ont dans le ventre ;). Prenez des informations sur sa motivation, vous découvrirez alors son envie et vous saurez que votre enfant est entre de bonnes mains.
  • Vous avez peur qu’il ne s’intègre pas, s’il est inscrit d’un club sportif et qu’il a des copains à l’école ce ne sera pas le cas. Mieux, demandez à vos amis si leurs enfants ont déjà fait une colonie et comment ça c’est passé. A l’occasion vos enfants, sensiblement du même âge, pourront partir ensemble si vous le décidez (même frères et sœurs).

Le jour du départ.

  • Adressez vous au « chef de convoi » ou « directeur » pour tous renseignements, les autres animateurs gèrent les enfants et leurs valises. Ce sera la personne la plus âgée en principe mais n’hésitez pas à demander à d’autres parents ou animateurs qui vous orienteront vers lui.
  • Donner ordonnance + médicaments, portable et argent de poche au directeur, chef de convoi ou à l’assistant(e) sanitaire. Ce sera souvent l’un des trois.
  • En gardant à vue votre enfant, laissez-le jouer avec les nouveaux camarades qu’il aura durant la colonie. Ce premier contact lui permettra d’avoir un pied dans la colo, pas géographiquement mais amicalement et sera donc beaucoup moins stressé.
  • Souriez à votre enfant, montrez lui que votre décision de l’envoyer en colonie lui sera bénéfique.
  • N’appelez pas le soir même, laissez le temps à l’équipe d’animation de s’installer, de faire les inventaires, de faire découvrir les locaux aux enfants. De plus, vous permettrez à votre enfant d’être dépayser plus rapidement, ce qui est l’objectif d’une colonie.
  • Aidez les animateurs à accompagner les enfants plutôt que de s’inquiéter à les regarder, souvent les papas donnent un bon coup de main pour les valises ;). J’ai déjà eu un convoi à plus de 70 enfants !! Faut le temps de mettre tout ça en place même lorsque l’on est organisé.

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Les choses portant réellement à inquiétude.

Je vous l’ai dit, des choses vont vous angoisser.

  • Il y a parfois des stagiaires qui vont être un peu perdu de par leur manque d’expérience, encouragez les.
  • Ne parlez pas à un animateur qui encadre les enfants, dans une équipe d’animation chacun à sa place. Le directeur ou chef de convoi (adjoint pédagogique ou animateur référent) sera là pour vous répondre précisément, ce n’est pas le rôle de l’animateur qui est sur une autre mission.
  • Le look d’un animateur peut vous faire avoir des appréhensions. Au-delà du fait que certains sont vraiment mauvais (je ne peux pas le nier), les meilleurs animateurs sont ceux que vous rencontrerez sur les quais de gares pour une colo. De plus, les vêtements ne reflète pas toujours une personnalité.

 

Conclusion

C’est le premier détachement affectif qui se traduit par une séparation physique et il est légitime d’avoir de l’inquiétude (heureusement !!). C’est comme la première fois que vous laissez votre enfant à l’école. Une fois que c’est fait, la deuxième fois est plus facile. J’ai des parents qui plaisantent à me dire, ça y est tout le monde est en vacances ;), et ils ont raison.

Je ne peux évidemment pas répondre mais voici ce qu’il faut retenir de cet article pour réduire vos raisons de s’inquiéter.

  • Renseignez vous sur la colonie.
  • Préparez votre enfant à la vivre, montrez lui des photos du lieu, parlez lui des copains qu’il pourra se faire, des activités etc…
  • Ne vous posez pas 100 questions mais apportez-vous des réponses en agissant comme je vous l’ai conseillé avant et le jour du départ.
  • Ayez une bonne inquiétude à savoir affective et non d’appréhension. Les appréhensions sont extérieures et peuvent être gérées.

J’espère que cet article vous aura apporté quelque chose. Merci à Olivier et Camille de m’avoir permis de partager mon expérience avec vous. N’hésitez pas à laisser un commentaire pour nous parler de votre propre expérience… ou à visiter mon blog : http://anim-pro.com/

Amicalement,

Samuel

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5 Comments

  • Mathieu

    Reply Reply 30 août 2012

    Bonjour Samuel,
    Je suis surpris de voir que cet article n’a suscité aucun commentaire. Je le trouve pourtant très bon et bourré de bons conseils !
    Moi perso, les colonies c’était vraiment pas mon truc. Peut-être est-ce du que je n’avais pas de frères et de sœurs, et aimait rester (ou était plutôt habitué à rester) “tout seul”. Néanmoins, les colonies et les sorties sont un excellent moyen de renfoncer les compétences sociales des enfants.

    Ceci dit, les vacances sont finies 😉

    • Camille et Olivier

      Reply Reply 30 août 2012

      Entièrement d’accord avec toi Mathieu. D’ailleurs les Colos permettent aux enfants uniques de vivre, en partie, ce qui vivent les fratries et de renforcer, comme tu le dis, leur compétences sociales..
      A très bientôt

  • Magali

    Reply Reply 31 juillet 2013

    Bonjour,
    Mes 3 filles partent en colo dans 2 jours pour 15 jours (7,10 et 12 ans). Je ne regrette absolument pas cette démarche, il n’empêche… Maintenant que le jour approche, j’ai une appréhension. Je pensais laisser un portable à ma fille ainée (qu’ils peuvent avoir entre 17H et 19h), je ne sais pas si c’est la solution, mais l’idée qu’en cas de souci, elles puissent me joindre, ça me rassure un peu…
    Merci pour ce site, ça permet de conforter la démarche, et de tenter de mettre mes “petites angoisses” entre parenthèse…

  • Claire

    Reply Reply 23 décembre 2014

    Un article vraiment complet et très bien construit.Je suis totalement d’accord avec vous quand vous dites que les colonies de vacances sont une étape primordiale dans le développement d’un enfant. Je suis sûre que cet article a rassuré un bon nombre de parents !

  • Pioup

    Reply Reply 6 juillet 2015

    Bonjour Samuel,
    Je trouve moi aussi votre article très bien écrit, et le conseillerai à tous les parents qui projettent d’envoyer leur progéniture vivre une expérience unique qu’est la colonie, car en effet, tous les conseils prodigués sont très très utiles. Pour notre fille (unique), c’est la deuxième fois depuis ce matin, et dès la première colonie, en février, j’ai pu constater tous les bénéfices: maturité, autonomie, partage… Elle était si fière d’avoir franchi cette étape, c’était un bonheur!
    Merci pour ces belles lignes, qui peuvent aussi aider à motiver des parents plus hésitants.

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