Pourquoi les punitions sont-elles nocives pour nos enfants ?

La parentalité positive bannit les punitions.

C’est un pas parfois difficile à franchir pour les parents, parce que la punition est une méthode éducative très ancrée dans nos manières de faire.  

“Avant, les choses étaient simples : l’enfant devait obéir. S’il ne le faisait pas il était puni.” écrit Isabelle Filliozat dans Il n’y a pas de parent parfait.  

Aujourd’hui, les parents sont souvent plus à l’écoute de leurs enfants. Et nombreux sont ceux qui s’ouvrent à des principes d’éducation plus doux, plus bienveillants.  Et sur ce chemin, on avance doucement. Forcément. Parce que cela prend du temps de changer nos idées préconçues, nos principes, nos croyances.  

Beaucoup de parents comprennent rapidement les raisons de ne pas taper leur enfant et réussissent même à appliquer ce principe mais supprimer les punitions leur est parfois difficile.  

Pour pouvoir les supprimer, il faut avoir pris le temps de développer d’autres compétences parentales, d’autres attitudes, d’autres manières de faire avec nos enfants. Et cela demande beaucoup d’énergie. Nous parlons d’expérience !

Alors, avant de dépenser tant d’énergie, il serait déjà bon de bien comprendre pourquoi nous voudrions nous débarrasser des punitions.

C’est ce que Coralie, créatrice du blog Les 6 doigts de la main, vous propose de découvrir dans ce nouvel article ! 

 

Quel effet cela a-t-il sur notre enfant lorsque nous le punissons ? 

En général la punition engendre l’un des effets suivants :

  • L’enfant est furieux contre l’adulte qui l’a puni. “C’est pas juste, je le déteste !” 
  • L’enfant est furieux contre l’adulte et va l’extérioriser : “Il me le payera !” 
  • L’enfant entre dans une lutte de pouvoir : “Ils ne peuvent pas me forcer.” 
  • L’enfant laisse glisser : “Tu peux me punir tout ce que tu veux, je m’en moque.” 
  • L’enfant se sent coupable : “Je n’aurais pas dû faire ça, je suis vraiment nul…” 

 (On retrouve ici partiellement les 4 R de la punition – Rancoeur, Revanche, Rébellion, Retrait – exposés par Jane Nelsen dans “La discipline positive”) 

Vous êtes d’accord ? 

Arrivés là, nous pouvons nous demander laquelle de ces réactions est celle que nous espérons susciter.  

On voit que la plupart du temps, l’enfant ne pense pas une seconde à ce qu’il a fait, on ne risque donc pas de l’encourager à s’améliorer. De surcroît, nous rompons notre lien avec lui, et entrons dans un cercle vicieux négatif.  

Dans le dernier cas, l’enfant s’attache à son acte, et cela détruit sa confiance en lui. Se sent-il alors armé pour mieux faire la fois suivante ? J’en doute.  

 

Cela aura-t-il pour effet que l’enfant change de comportement ? 

C’est possible.  

Cela dépendra du cas. Il est possible que l’enfant ne change pas de comportement, soit exprès, pour se venger, soit parce que notre opinion n’a aucune importance pour lui, soit parce qu’il aura trouvé le moyen d’agir sans que nous le sachions.  

Il se peut cependant que la punition ait réellement pour effet de changer le comportement. Parce que l’enfant a trop peur de cette punition.  

Dans ce dernier cas, le but est-il atteint ?  

Hum…  Si le but était que l’enfant change de comportement, oui, à court terme, le but est atteint.  

Seulement voilà, mon ambition de parent va au delà du contrôle de ce comportement inapproprié. Je voudrais que mon enfant trouve une motivation en lui-même pour changer de comportement. C’est toute la différence entre l’autodiscipline et la discipline imposée. 

Ainsi, si mon fils tape son frère, je ne veux pas seulement qu’il ne le tape plus par peur de la punition, mais bien parce qu’il apprend l’empathie, la détresse de son frère, le respect de l’autre… Ce n’est certainement pas en le punissant que je lui enseignerai le respect de l’autre ! 

 

Et à plus long terme ? 

L’argument vaut double lorsque l’on réfléchit à plus long terme.  

Car, si le comportement change sur le coup, que dire de plus tard ?  

Dans “Eduquer sans punir”, Thomas Gordon souligne que pour que la punition fonctionne, il faut que le parent reste dans la position de pouvoir contrôler ce que fait l’enfant, afin de pouvoir réagir et appliquer la punition. Contrôler également ce qui va être supprimé ou non. Nous mettons donc l’enfant dans une situation de dépendance de l’adulte, l’entrainant dans une relation de contrôle purement externe 

Puis, pour que la punition continue à “fonctionner” dans le temps, il s’agit également de la faire grandir, pour suivre l’évolution de l’enfant. 

A quel moment se perdra-t-on ? A l’adolescence ? 

Serons-nous alors surpris de trouver face à nous des jeunes en “crise d’ado”, qui se rebellent ? 

 

 

Cette crise serait-elle encore nécessaire si nous changions notre manière de concevoir notre relation dès le départ ? 

Si nous choisissions d’instaurer une relation de respect mutuel, dans laquelle nous accompagnons notre enfant dans son apprentissage, sans le juger et le punir dès que, selon nous, il dérape, alors nous pourrions rester en lien avec lui, et conserver une relation harmonieuse.  

Je ne parle pas en théorie, mais en pratique, puisque nous le vivons avec notre fils de 15 ans 

Pour cela, c’est toute l’approche qui doit évoluer. Penser long terme, c’est se dire que lorsque notre enfant fait quelque chose qu’il n’aurait pas dû faire, nous aimerions que, plutôt que de ne penser qu’à sa colère contre nous parce que nous le punissons, son raisonnement soit : “Mince, j’ai vraiment raté sur ce coup-là ! Comment pourrais-je faire en sorte que cela ne se reproduise pas ?” 

Mise en pratique 

Prenons l’exemple d’un enfant qui bavarde en classe.  

Selon le modèle classique, il va d’abord recevoir des remarques de son prof. Puis, si la situation continue, et s’il est  suffisamment jeune, des lignes à copier. S’il est plus âgé, ce sera plutôt une heure de retenue (oui, vous vous souvenez : la punition doit augmenter, car on se rend compte que la petite punition ne “marche plus”). A ce moment-là, les parents interviennent. Ils ajoutent éventuellement une autre punition à la maison. “Pour lui apprendre”.  

Apprend-il, vraiment ? 

  • Il apprend que les personnes autour de lui ne l’apprécient pas.  
  • Il apprend qu’il ne vaut pas grand chose.  
  • Il apprend que lorsque l’on n’écoute pas les instructions de ceux qui ont le pouvoir, on mérite d’être puni. 

Mais apprend-il à se maitriser par rapport à son bavardage en classe ? 

Parfois oui, parfois non.  

 

Et si nous l’impliquions, plutôt ? 

Discutons avec lui sur les raisons pour lesquelles cela pose un problème au professeur.  

“De quoi avez-vous tous besoin en classe pour pouvoir suivre les explications de votre prof ?” est une question qui devrait peut-être être posée plus régulièrement… 

Je vous entends d’ici répondre que mon élève fictif se moque complètement de l’ambiance de classe. Je ne suis pas surprise : quel lien a-t-il avec le professeur en question ? Lui a-t-on appris à développer l’empathie et le respect, ou cherchons-nous seulement, depuis son plus jeune âge, à lui imposer les règles par des méthodes de contrôle externe ? 

Imaginons cependant que l’enfant comprenne que le cours serait plus agréable pour tous s’il y avait moins de bavardage, afin de pouvoir parler de l’étape suivante.  

Si nous lui indiquons simplement qu’il sera puni s’il bavarde, nous ne l’aidons pas à trouver des solutions. L’aider à avancer, le guider, passerait plutôt par une conversation du type : “Hum… il semble que tu aies du mal à te retenir de discuter en classe. Quelles idées pourrais-tu avoir pour essayer de régler ce problème ?”.  

L’encourager à la réflexion, à la recherche de solution, voilà la vraie piste pour aider nos enfants à grandir ! 

Je l’ai vécu, dans ce genre de situation, parler vaut mieux qu’une punition  

En espérant que cela vous aura inspiré… 

N’hésitez pas à partager dans les commentaires ci-dessous vos astuces personnels pour éviter les punitions ! 

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9 Comments

  • evan boissonnot

    Reply Reply 13 novembre 2017

    Bonjour

    Je vous remercie pour cet article.

    Avec le décalage entre la vie réelle et le monde de l’Education, je me pose une question :
    Comment nos enfants qui sont en train de vivre l’éducation positive qu’on leur donne vont réagir face à ces professeurs vieux jeux qui punissent, qui mettent des heures de colle, qui hurlent, qui crient, qui posent des étiquettes négatives : https://www.papa-et-patron.fr/non-mon-enfant-nest-pas-timide/ ?

    Je crains ces périodes là. On dira alors de nos enfants qu’ils sont indisciplinés, qu’ils ne respectent pas l’autorité, alors qu’en fait ils vont chercher à échanger, à communiquer.

    Il faut aussi les préparer à ça, car il va rester quelques décennies avant que les profs de l’ancien temps ne fassent plus les erreurs qu’on a commis depuis de nombreux siècles.

    Au plaisir
    Evan, un papa patron qui pense à ses enfants 🙂

    • Coralie

      Reply Reply 27 novembre 2017

      Dans tous les cas préparer mes enfants aux punitions des autres n’est pas une bonne raison pour lui en donner !!
      Mais je pense que toute difficulté est une opportunité d’apprentissage : si le prof punit, par exemple, d’abord recevoir l’émotion de l’enfant, toujours, ensuite en profiter pour discuter avec lui des difficultés pour les gens de changer les modeles reçus, et, éventuellement, aborder la question avec le prof lui-meme, mais sans être dans l’accusation !
      Les opportunités se présentent meme quand ce n’est pas l’enfant qui le vit, mais un copain. Encore mieux pour en parler, car lui n’est pas impliqué emotionnellement…
      Voila comment je pense qu’on peut, au mieux, les préparer…

    • Martine PLISSON

      Reply Reply 7 janvier 2018

      A Evan…
      J’aime bien votre réflexion. C’est vrai que les jeunes enfants n’ont pas à subir les dysfonctionnements du système éducatif et en particulier ces enseignants « vieux jeux » qui ne sont malheureusement pas toujours les plus âgés !
      Vous faites partie d’une génération de parents plus éclairés et plus exigeants que les précédents et il y a, me semble-t-il, un moyen de réagir: se rassembler, se réunir, se transmettre des vidéos, livres, Moocs, etc… pour créer une culture commune ….et proposer les changements nécessaires à l’école, aux enseignants qui se protègent des parents en les laissant à la porte ou au trajet école-piscine…
      La transition éducative ne se passera pas des parents…

  • Chang ParentaliteZen

    Reply Reply 15 novembre 2017

    Très bonne article,

    Et oui il est important de changer nos manières de faire. Il y a une époque où l’éducation autoritaire était la norme ! L’enfant obéissaient à la loi des adultes, un point c’est tout.

    En lui apprenant le bon comportement par la crainte, on gagne une bataille mais on perd à coup sûr la guerre éducative. De la même façon, une éducation très permissive, qui répond à la loi des enfants roi est à proscrire comme le souligne Jane Nelsen (Le livre est résumé ici : https://www.parentalitezen.com/discipline-positive/).

    Au final il faut trouver un bon compromis, la Discipline Positive qui implique l’enfant :
    – Il se sent entendu.
    – Il se sent responsable.
    – Il prend plaisir à respecter les règles mis en place ensemble.

    Difficile de jongler entre tout ça, mais il faut se dire qu’un sentiment d’injustice n’a jamais empêché personne de répéter une bêtise sur le long terme. L’injustice motive surtout à monter des stratagèmes pour éviter les punitions.

  • Fanny

    Reply Reply 29 novembre 2017

    J’ai longtemps travaillé en crèche et j’ai donc expérimenté et observé les différents comportements possible :
    La punition, la discussion et l’ignorance.
    De loin, même avec de jeunes enfants, la discussion (même si elle n’est pas infaillible) est la méthode la plus efficace !
    Je suis intimement persuadée que cette éducation ne fera pas de nos enfants des enfants « indisciplinés ».

    Merci pour ce bel article.

    Fanny

    • evan boissonnot

      Reply Reply 4 décembre 2017

      Bonjour Fanny

      Je te remercie pour ce retour d’expérience.

      Oui, la discussion est je trouve aussi ce qu’il y a de meilleur, et ton retour nous conforte dans cette idée.

      Par contre, discuter avec 30 enfants, dans une classe, n’est-ce pas compliqué à gérer ?

      Qu’en penses-tu ?

      Au plaisir
      Evan

    • Coralie

      Reply Reply 4 décembre 2017

      Merci Fanny de ton commentaire.
      Je crois en un monde dans lequel de plus en plus de professionnels de l’enfance en seront persuadés, et donneront un autre modèle à nos enfants !
      Et pour cela, ils ont besoin de beaucoup de témoignages comme le tien.

  • langlois

    Reply Reply 8 décembre 2017

    Bonjour, merci pour cet article et le partage.
    J’ai peur de partir pour un roman. pour éviter , je vais parler de sujets parallèles qui me semblent complètement interdépendants.
    – nous sommes de grands enfants ;
    – le statut de fonctionnaire ne rend pas adulte et éloigne de l’humilité, caractéristique essentielle à l’évolution positive (je ne crois pas qu’intervenir directement auprès du professeur soit une action constructive ; il n’est pas « prêt »);
    – le fonctionnement de notre police, de notre justice, de notre système carcéral ;
    – vivre avec l’injustice ;
    – le rapport au temps du parent d’aujourd’hui, n’est pas comparable à celui d’anciennes générations ;
    – le poids du vécu culturel ;
    – l’inefficacité de la formation (EN);
    Mais si la discuter me semble INDISPENSABLE, OBEIR l’est tout autant. Un enfant ne peut tout comprendre ;le statut de l’enfant est celui de l’être humain qui doit apprendre à faire confiance.
    Mais là, je ne suis plus dans ‘individualisme, je suis dans la citoyenneté. Qui n’a pas cherché à se dédouaner d’une faute en discutant avec la police ? Quel enfant ne trouve pas le chemin du mensonge en « discutant » ?
    La notion d’obéir est à débattre ; je pense que dans certains systèmes , elle est incontournable . Nous devons donc autant apprendre l’intelligence et le respect à l’individu que l’obéissance.
    Mais l’obéissance ne peut exister que dans un système « juste », « pensé pour tous », »évolutif PAR TOUS ».
    En résumé , « discuter » pour progresser oui, mais surtout ne pas en rester à le relation interindividuelle car l’enfant d’aujourd’hui en est devenu maître, et il s’en sert pour faire marcher les adultes sur la tête…
    Malheureusement , je suis enseignant en primaire, mais j’essaie d’évoluer.

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