Des outils pour favoriser la communication parent-enfant (Conférence d’Isabelle Filliozat – partie 3)

(Ne ratez pas, en fin d’article, la réponse scientifique d’Isabelle Filliozat à la question (que vous poserez certainement un jour) : “Mais pourquoi les ados ne supportent plus la voix de leur mère” !)

 

Dans la première partie de sa conférence « construire la relation autrement », Isabelle Filliozat nous faisait réaliser que les théories freudiennes ont considérablement influencé notre inconscient collectif, nous poussant à considérer nos enfants comme « des êtres incapables de freiner leur pulsion » et des « tyrans manipulateurs et assoiffés de toute puissance ».

Dans la seconde partie de sa conférence, Isabelle nous a démontré, à quel point il est préférable de s’intéresser aux « causes » des comportements de nos enfants, plutôt qu’à leurs conséquences… et en profite pour nous dévoiler quelques astuces d’éducation parentale.

Dans cette troisième et dernière partie de la conférence, Isabelle nous rappelle que ce dont ont le plus besoin les parents, ce sont des « outils » : « Des outils pour que ça fonctionne, pour que la communication parent-enfant soit plus agréable ! ».

 

“Dire en un mot”… fait passer à l’action

Un des outils préférés d’Isabelle est le fameux “dire en un seul mot” évoqué dans son excellent « J’ai tout essayé » : on obtient de bien meilleur résultat à demander quelque chose à son enfant en utilisant le moins de mots possible… idéalement un seul. Et Isabelle nous explique, scientifiquement, ce phénomène : si vous donnez un ordre complet du type «Léo, ta serviette de bain traine encore par terre dans la salle de bain, viens vite la ramasser », l’ordre entre dans son « cerveau verbal » et… rien ne se passe. Si au contraire vous dîtes en passant prés de lui « Léo, serviette » : il n’y a pas assez d’information pour que ce mot aille directement dans son cerveau verbal, il passe donc dans le « cerveau frontal » qui fait réfléchir l’enfant au sens qu’à ce mot, qui le fait visualiser l’action et du coup… le fait passer à l’action.

Pour Isabelle, il est important de se souvenir que nos enfants « cherchent toujours à faire bien ». Ils ne cherchent en tout cas certainement pas à nous nuire… et si nous « n’obtenons pas » d’eux la coopération dont nous rêvons, c’est souvent simplement parce que nous n’avons pas employé la bonne manière de leur communiquer notre demande… ou même parce que nous avons employé une manière de leur demander qui les « empêche de faire » ce que nous leur demandons.

Le cas le plus fréquent qui illustre ces incohérences de communication « parent-enfant » est celui du parent qui, par méconnaissance des étapes du développement de son enfant, ne sait pas qu’il n’obtiendra rien en lui donnant des ordres pendant sa phase d’affirmation de soi (entre 18 mois et 3 ans). Pendant cette étape de son développement en effet, l’enfant a besoin de s’affirmer, de prouver qu’il existe, qu’il agit de lui-même et pour lui-même. Le contraindre par l’autorité et la force ne fera qu’abimer l’estime qu’il aura de lui-même. Isabelle nous rappel qu’il existe des outils qui permettent d’éviter les conflits avec nos « terrible two‘s » (le terme américain pour désigner les enfants dans cette fameuse phase d’affirmation) et de rendre la vie de famille bien plus agréable.

parent autoritaire sur enfant

(Note de Camille et Olivier : en effet, de très nombreux outils existent ! Nous en testons et en mettons en pratique de nouveaux presque tous les jours : « dire en un mot », « proposer des choix », « être à l’écoute des émotions », « utiliser le message « JE » », « utiliser un minuteur », « utiliser des post-its », etc.
De nombreux outils seront bien sûr détaillés dans les Fiches Outils sur lesquelles nous travaillons actuellement !)

 

découvrir et écouter le besoin de l’enfant… plutôt que de réagir « à chaud »

En prenant l’exemple d’un ado qui dit à son père « sale con », Isabelle nous explique ensuite la signification du mot « empathie » : “l’empathie c’est arriver à décoder ce qui est en dessous, au lieu de réagir à ce qu’il y a en surface !” L’empathie, c’est se dire “si mon enfant dit ça / se comporte comme ça, c’est qu’il y a un besoin derrière, qu’il est en train de me dire quelque chose. » Mieux vaut alors prendre du recul, découvrir et écouter le besoin de l’enfant… plutôt que de réagir « à chaud ».

Isabelle termine sa conférence en nous rappelant sa philosophie d’une éducation bienveillante et respectueuse :

« Donner aux enfants toutes les conditions pour qu’ils puissent s’épanouir ; les aider à sentir, à découvrir leurs compétences et talents intérieurs ; croire en eux et avoir confiance en eux. »

 

Isabelle répond ensuite à quelques questions de l’assistance :

les interdits dirigent l’attention de l’enfant vers ce que l’on ne veut pas

A propos des interdits :

Souvent il ne sert à rien d’interdire, car “les interdits dirigent l’attention de l’enfant vers ce que l’on ne veut pas”. Les interdits induisent aussi chez l’enfant de la défiance et ne l’incitent pas à se « confier » à ses parents. Pour Isabelle, mieux vaut donner à l’enfant notre opinion, lui exprimer nos valeurs et lui fournir de l’information (ou l’aider à aller la chercher lui-même). En règle générale, la « dissonance cognitive » à l’intérieur de l’enfant (la différence entre l’opinion/les valeurs de ses parents et les siennes), va l’aider à traverser la difficulté et à faire le bon choix.

 

décoder les comportements, pour découvrir les réels besoins de l’enfant

À propos d’une petite fille de 12 ans, très en avance tant intellectuellement que physiquement, qui “réagit sur tout”, “critique tout”, isabelle rappel que :

  • lorsque le cerveau s’ennuie, il “secrète des neuromédiateurs de la douleur”… il est important de fournir suffisamment de « nourriture intellectuelle » à un enfant qui s’ennuierait à l’école.
  • Dans le cas de cette petite fille, ce sont surement ses angoisses qu’elle transforme en “critiques sur tout”. Il n’est pas facile pour une petite fille de 12 ans (avec encore de gros besoins affectifs) d’être en avance et d’en paraitre 16. Il est important que le parent fasse preuve d’empathie :qu’il écoute, entende, mesure la souffrance de son enfant (sans forcément être d’accord sur tout). Il faut arriver à décoder les comportements (les « critiques sur tout » dans le cas de cette petite de 12 ans) pour découvrir les réels besoins de l’enfant.
  • Le parent ne doit pas se montrer trop susceptible et au contraire montrer au jeune qu’il peut nous agresser (mots violents, insultes…) sans que nous nous sentions abimer. Il n’est cependant pas question de laisser une insulte sans réponse (car l’ado se sent mal avec cette insulte). Encore une fois il faut « décoder » : prendre l’insulte et la transformer en autre chose : « je vois que tu es furieuse contre moi », « je comprends que c’est vraiment très difficile d’être avec ses parentes à 14 ans ».

 

La voix de leur mère est insupportable pour les ados !

Le saviez-vous ? les vibrations de la voix de la mère sont quasi insupportable pour les ados. La “voix de maman” représente pour l’enfant la douceur, l’affection, les câlins… bref l’enfance. Selon Isabelle, l’ado est du coup tiraillé : d’un coté il est dans une phase de sa vie ou il besoin de “partir”, de découvrir le monde par lui-même, et de l’autre coté, la voix de sa mère lui rappel “comme on est bien à la maison”…ce qui risque de le freiner dans son besoin d’autonomie, dans sa découverte « seul » du monde. D’ou cet agacement inconscient provenant de la (pourtant douce) voix de maman !!

 

Et voilà, nous espérons que vous aurez apprécié cette retranscription en 3 parties de la conférence d’Isabelle Filliozat (partie 1, partie 2).

Nous profitons d’ailleurs de cet article pour lui rendre à nouveau hommage en la remerciant pour tous les précieux enseignements qu’elle nous fournit et pour l’aide inestimable qu’elle nous offre dans la mise en place d’une éducation bienveillante et respectueuse pour nos 3 enfants ! (Un grand merci aussi Isabelle de nous faire apparaitre sur votre site web dans vos « coups de cœur » !)

merci isabelle

En Bonus :

En parallèle à cet article, nous vous invitons à l’ire l’excellente analyse de Clem la matriochka de l’article du nouvel observateur « nos enfants, ces tyrans »… si vous avez lu la première partie de la conférence.. Cela devrait vous parler ;-).

À lire aussi, la réaction de Marlène Schiappa (auteure de Eloge de l’enfant roi et fondatrice du réseau « Maman travaille ») à ce même article du Nouvel Obs.

 

Et pour finir, (un grand merci à Sandrine du blog S comm C), voici une citation à donner en réponse aux personnes qui vous rabâchent que « les enfants d’aujourd’hui sont bien plus difficiles que ceux d’hier » (et qui leur clouera le bec à coup sûr !) :

« Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe, méprisent l’autorité et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent, contredisent leurs parents, plastronnent en société, se hâtent d’engloutir leurs desserts, croisent les jambes et tyrannisent leurs maîtres. Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. »
Ecrit par Socrate (il y a 2500 ans !)

Et de toute façon, si vous avez lu la seconde partie de la conférence… vous savez pourquoi, sur certains aspects en effet, les enfants d’aujourd’hui sont plus dures que ceux d’hier, mais que cela n’a rien a voir avec le laxisme de leurs parents !

Si vous avez apprécié cet article, merci de la partager avec vos proches !

 

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8 Comments

  • Dominique Girod

    Reply Reply 12 mai 2013

    Cette citation de Socrate est inventée de toute pièce. Socrate n’a jamais rien écrit de son vivant.

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