edwige_antier A l’occasion de la sortie du nouveau livre d’Edwige Antier : « Il est où mon papa ? : L’enfant, le couple et la séparation », nous avons eu le plaisir d’interviewer la célèbre pédiatre sur ce sujet qui touche de plus en plus d’enfants : la séparation des parents. Si vous nous suivez régulièrement, vous savez que c’est un sujet qui nous touche particulièrement.

 

Vous découvrirez dans cet interview :

  • Les conséquences sur l’enfant d’une séparation mal gérée par les parents,
  • L’importance de ne jamais imposer la tutelle (beau père/belle mère) d’une personne qu’il n’aime pas.
  • L’opinion d’Edwige Antier face au dilemme : “Vaut il mieux se séparer ou se forcer à rester ensemble pour préserver les enfants ?”

 

Madame Antier a aussi eu la gentillesse de nous envoyer un exemplaire de son livre. Nous vous en présenterons une synthèse complète très prochainement.

L’interview d’Edwige Antier par Camille et Olivier

 

Camille et Olivier : Bonjour Madame Antier et merci de nous accorder un peu de votre temps pour cette interview à propos de votre nouveau livre « Il est où mon papa ? : L’enfant, le couple et la séparation». Tout d’abord, pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé à écrire un livre sur le thème de la séparation des parents ?

Edwige Antier : « Comment le dire à notre enfant? » devient la question la plus fréquemment posée dans le cabinet du pédiatre, par des parents qui se séparent de plus en plus vite avec des enfants encore très jeunes… Ils sont démunis, ont du mal à imaginer les vraies questions des enfants, et comment répondre…

Camille et Olivier : Quel sens donnez-vous à la citation de Jean-Paul Sartre en préambule de votre livre : « si j’émets tant de griefs à l’égard des pères, c’est qu’ils écrasent tous leurs enfants. La mort de mon père fut ma propre liberté et c’est en ce sens que je n’ai pas de Sur-moi, puisque je n’ai pas de père ». Pourquoi ce choix ?

Edwige Antier : Elle est significative de l’évolution de la figure paternelle: du temps du philosophe, le père avait tous les droits sur ses enfants (et sur sa femme). Aujourd’hui les pères sont beaucoup plus tendres et complices. Sartre nous dit qu’il ne faut pas être nostalgique de l’autorité soi-disant perdue, je montre dans mon livre comment le père doit plus être un guide qu’un chef !

Camille et Olivier : Le titre de votre livre est « il est ou mon papa ? ». Cela veut-il dire que la garde des enfants par la mère reste la grande majorité dans les cas de séparation ?

Edwige Antier : Oui, et plus on divorce avec des enfants jeunes, moins ils voient leur père: 98% des enfants de 2 ans sont en résidence principale chez leur mère.

Camille et Olivier : Le statut « d’enfant de parents séparés », malheureusement presque « banal » aujourd’hui n’est sûrement pas sans répercussions. D’après votre expérience, quelles en sont les conséquences (plus ou moins graves) les plus fréquentes ?

Edwige Antier : J’explique comment l’enfant perd souvent l’estime de lui même, lui qui pense ne pas avoir « mérité » que ses parents restent ensemble pour lui; il perd en miroir l’estime de ses parents, qui se sont trompés dans la décision la plus importante d’une vie: faire un enfant avec cet homme-là (cette femme-là) qu’elle (il) n’aime plus maintenant. Et sur un plan pratique, l’enfant se sent si peu entendu, dans les choix de son mode vie, de son temps avec chacun, de ses sentiments pour les nouvelles personnes dont on lui impose la cohabitation… Tout cela est vecteur d’échec scolaire, de violence, de dépression… Mais si on en est conscient et si, en parents responsables, on a les mots et les attitudes qu’il faut à chaque étape, ces conséquences seront évités. C’est tout le sens de mon travail.

Camille et Olivier : Les enfants de « parents séparés » se retrouvent dans des schémas parentaux divers : Famille monoparentale, famille homoparentale, famille recomposée etc. Y a-t-il un schéma qui serait plus profitable à l’enfant qu’un autre ?

Edwige Antier : Je montre comment la clé de l’épanouissement, c’est le respect du ressenti de l’enfant. En particulier, il faut comprendre – même si cela nous dérange! – qu’il peut lui être difficile de vivre avec un nouveau compagnon (une nouvelle compagne) qui n’est pas son parent de naissance, qui ne le comprend pas comme s’il l’avait eu tout petit, mais que souvent il n’ose pas le dire de peur de déplaire à son parent dont il dépend… Ne jamais imposer à l’enfant la tutelle d’une personne qu’il n’aime pas, choisir alors une relation extérieure au foyer, est une preuve de respect.

Camille et Olivier : Dans le cas des familles homoparentales, quelle importance faut-il donner à la préservation des liens avec le parent qui n’en a pas la garde (du sexe opposé de celui du couple homoparental?)

Edwige Antier : Par exemple, un homme quitte sa femme pour vivre avec un autre homme? L’enfant qui voit ses deux parents comprend que papa est plus heureux aujourd’hui de vivre avec Antoine, par exemple, mais qu’il a eu envie de faire un bébé avec maman. Et qu’il a une grande affection pour elle. C’est ainsi que les choses doivent être dites. Je donne des exemples dans mon livre.

Camille et Olivier : On dit souvent qu’il est préférable de se séparer plutôt que de se forcer à rester ensemble, pour préserver les enfants. Quelle est votre opinion ?

Edwige Antier : Lorsqu’on entend les enfants dans le secret du cabinet médical, ce n’est pas du tout ce qui en est confié. Les enfants préfèrent des parents qui se disputent plutôt que deux maisons, dans la très grande majorité des cas.

Camille et Olivier : On dit aussi que la séparation est plus facile pour un enfant lorsqu’elle a lieu dans les premières années de sa vie : parce qu’il n’aura pas vraiment le souvenirs des ses parents ensemble. Confirmez-vous cette affirmation ?

Edwige Antier : Je montre au contraire dans mon livre comment, si l’on n’a pas alors la bonne démarche pour parler, préserver les traces, le manque de père pour des enfants jeunes pénalise la construction psychique. Mais en adoptant les bonnes stratégies, on pourra étayer son développement.

Camille et Olivier : La « garde alternée » fait débat. Certains s’accordent à dire que c’est idéal car l’enfant voit autant son père que sa mère, d’autres expliquent que cela perturbe l’enfant qui n’a pas de repères fixes à cause du changement perpétuel de maison. Quel est votre point de vue ?

Edwige Antier : La question du découpage en jours, heures, semaines, nuits, vacances à égalité diminue le chagrin des pères trop longtemps laissés pour compte dans les séparations. Mais pour l’enfant lui-même, avoir deux maisons, deux familles, deux modes éducatifs est d’autant plus compliqué qu’il est très jeune. Ce qui est important, c’est la préservation des sentiments de respect, de soutien réciproque, d’affection entre les adultes qui l’ont mis au monde.

Camille et Olivier : A partir de quel âge, selon vous, un enfant est il assez mur pour faire le choix de vivre chez papa ou de vivre chez maman ? Quelles attitudes les parents doivent-ils avoir pour l’aider à le faire librement ?

Edwige Antier : Le code civil dit « l’enfant sera associé aux décisions qui le concernent selon son âge et son degré de maturité ». Or on n’écoute pas assez les enfants. Les parents doivent accepter de faire entendre l’enfant par un adulte neutre (un médecin, un psychologue) pour lui donner un espace de parole. Ils doivent ensuite accepter qu’à certains moments de son développement, l’enfant ait besoin d’être plus chez papa, ou plus chez maman, sans se sentir trahis! Et ne pas toujours dire que l’enfant est manipulé par l’autre, c’est trop facile quand on ne veut pas entendre… Les juges acceptent de plus en plus souvent d’entendre directement un enfant, et c’est très bien.

Camille et Olivier : Lorsque les parents sont séparés, le téléphone, les communications par webcam etc… permettent à l’enfant de garder le lien avec le parent qui n’en a pas la garde. Avez-vous des recommandations à ce sujet : fréquence des coups de téléphone, faut il privilégier les Webcams quand c’est possible etc. ?

Edwige Antier : Les progrès techniques décloisonnent les univers, ils permettent à l’enfant de se sentir mieux entendu. Il faut cependant prendre des précautions, l’appel d’un papa alors que l’enfant est absorbé dans un jeu peut entraîner un refus de parler; les appels réitérés d’un parent peuvent n’être qu’un prétexte pour perturber l’autre famille… Je donne les clés pour ne pas tomber dans ces pièges.

Camille et Olivier : Quelles structures d’aide conseillez vous aux parents dont la communication est rompue ?

Edwige Antier : Pour mieux comprendre leur enfant, ils disposent de multiples structures d’aide à la parentalité »: il ya des médecins, puéricultrices psychologues dès la maternité, dans les crèches, les dispensaires de PMI. Les pédiatres, psychologues, pédopsychiatres offrent une écoute compétente. Ils peuvent recourir à la médiation familiale. Ce qui compte est qu’ils aient compris l’importance pour leur enfant, mais aussi pour la construction de leur vie future, de continuer de se respecter…

Camille et Olivier : Si vous deviez donner 3 conseils majeurs aux parents séparés ou en instance de séparation, lesquels seraient-ils ?

Edwige Antier : 1- D’urgence lire mon livre, qui a un rôle préventif pour éviter les dégâts. Ils comprendront mieux pourquoi leur couple est fragilisé par la société.

2- Ne pas dire de gros mots, comme « on divorce », mais parler à l’enfant de ce qui lui arrive, à lui, peu de temps avant que cela arrive, en comprenant ce qu’il va ressentir étape par étape.

3- Vous protéger des “amis” et des parents qui croient vous défendre en chargeant l’autre de reproches. Je vous donne des stratégies pour ne pas rendre irréversible ce qui peut être sauvé dans l’intérêt de votre enfant… et celui de chacun de vous.

La séparation des parents est comme une opération chirurgicale, elle laissera une cicatrice mais si elle est bien faite, elle ne laissera pas de séquelles !

Camille et Olivier : Merci à nouveau Madame Antier pour vos réponses à nos questions, qui donneront de premières pistes de réflexion à de nombreux parents.

cliquer sur l’image pour acheter le livre d’Edwige Antier sur Amazon